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Référé-liberté : face au tribunal, la préfecture du Pas de Calais admet ses manquements et annonce de nouveaux dispositifs

Alors que les températures sont à la hausse à Calais en ce mois de juillet, la situation des personnes exilées est alarmante :
– Les points de distribution d’eau proposés par l’état sont très éloignés des lieux de vie.
– L’accès à l’eau et aux douches n’est possible que certaines heures de la journée
– Il est impossible de laver et de sécher le linge
– les exilé.e.s n’ont aucun moyen de stocker l’eau pour y avoir accès 24H/24

La soif, le manque d’hygiène dégradent encore les conditions de vie des exilé.e.s et entraînent des répercussions sur leur santé et leur état psychique.

Nous faisons remonter nos inquiétudes de manière régulières aux autorités, notamment dans le cadre des réunions en sous préfecture de Calais dans des réunions appelées “aide aux migrants” qui sont organisées une fois par mois. Ces réunions présentent toutefois de nombreuses limites : le choix des dates et des ordres du jour, ainsi que la rédaction des comptes rendus, sont effectués à la préfecture, comme la sélection des associations autorisées à y participer. Dans les faits, nous ne sommes pas entendus, et nos remarques lors de ces réunions n’ont pas débouché sur des changements significatifs pour les personnes en situation de transit à Calais.

Nous n’avions alors plus le choix : 11 associations ont invité la préfecture à s’expliquer devant le juge des référés au Tribunal Administratif de Lille.

Le rapporteur spécial de l’ONU Leo Heller est lui aussi intervenu en tierce partie à ce contentieux pour inviter la France à respecter ses obligations en matière de fourniture d’eau.

Les mesures que nous demandons sont très précises :
– Rapprocher les points d’eau des lieux de vie, faire en sorte qu’ils soient accessibles jour et nuit, et distribuer des récipients pour que les personnes sans-abri puissent stocker de l’eau
– Mettre en place un dispositif pour que les personnes sans-abris puissent laver leurs vêtements, et ainsi améliorer les conditions d’hygiène
– Améliorer l’accès aux douches (plages horaires plus longues, accès spécial pour les femmes et les mineurs)
– Rapprocher les sanitaires des lieux de vie, et installer des robinets pour que les personnes exilées puissent se laver les mains
– Mettre en place des bennes à ordure pour que les déchets soient traités
– Informer les exilés sur ces dispositifs avec des documents traduits

Et cela a payé : le jour de l’audience, la préfecture du Pas de Calais a annoncé de très nombreuses évolutions du dispositif :
– 2 fontaines à eau vont être présentes 24h/24 rue des Huttes
– Un 3ème lieu de ramassage va être mis en place pour les douches
– Une 3ème citerne mobile est installé depuis le 23 juillet (veille de l’audience)
– “plusieurs centaines de jerricans” vont être commandés pour être distribués aux exilé.e.s
– Des bassines peuvent être commandées pour que les exilé.e.s lavent leur vêtements

La décision sera rendue en début de semaine prochaine.

Pour les associations, c’est une victoire : l’accès à l’eau et aux systèmes d’hygiène va être amélioré.
Nous allons rester très vigilantes sur la mise en place de ces différentes annonces dans les semaines à venir.

Et malgré cela, la situation reste très difficile : les expulsions forcées continuent, la violence et le harcèlement restent la pierre angulaire de la politique de l’Etat à Calais et sur le littoral.

Ce mercredi 25, le matin, une nouvelle opération d’expulsion forcée s’est déroulée sur le camp de la rue des Verrotières, où les exilé.e.s se sont fait confisquer tentes, couvertures et affaires personnelles. Même chose hier matin au bois Chico-Mendès.

Faudra-t-il systématiquement retourner devant le Tribunal Administratif pour réclamer que soient respectés les droits fondamentaux des personnes migrantes?

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