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Calais : le harcèlement policier des bénévoles

Notre nouveau rapport dénonce des violences policières excessives et l’intimidation des travailleurs humanitaires à Calais et Dunkerque

Calais, 8 août 2018, les associations Help Refugees, L’Auberge des Migrants, Utopia 56 and Refugee Infobus publient un rapport qui dénonce l’intimidation et le harcèlement des volontaires par la police à Calais et Dunkerque.

Au cours des huit derniers mois, les volontaires associatifs ont ainsi été victimes de 666 incidents de surveillance policière, contrôles d’identité répétés, arrestations et fouilles, ainsi que de violences physiques et verbales. Ils ont aussi été empêchés par la force de fournir une aide humanitaire aux exilés vivant dans le dénuement à la frontière franco-britannique.

Du 1er novembre 2017 au 1er juillet 2018, l’Auberge des Migrants et ses associations partenaires ont collecté des données dans le cadre du projet Human Rights Observers, leur permettant d’établir que :

  • il y a eu 37 incidents de violence physique où des policiers ont poussé des volontaires au sol, arraché des téléphones portables et les ont écartés par la force des lieux de distribution en brandissant des cartouches de gaz et des armes à feu ;
  • les bénévoles ont été victimes de 104 incidents de violences verbales, dont des menaces de détention, de poursuites et de contraventions (plusieurs ayant été concrétisées) ;
  • à certaines occasions, les autorités ont construit des barrières physiques pour empêcher que l’aide humanitaire ne parvienne aux réfugiés ;
  • enfin, la police mène une opération de surveillance constante, suivant les véhicules associatifs, filmant les volontaires et effectuant des contrôles d’identité répétés ainsi que des palpations de sécurité et fouilles – pratique parfois discriminante car ciblant spécifiquement les femmes.

La plupart des incidents rapportés impliquent les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), déployées à Calais pour le maintien de l’ordre.

La systématicité et la persistance du harcèlement des volontaires ainsi révélé interrogent fortement sur le dévoiement de l’utilisation par forces de l’ordre des moyens de coercition mis à leur disposition dans le cadre de leurs missions et sur un possible laisser-aller quant à ces débordements. De tels manquements sont particulièrement choquants des institutions qui devraient maintenir la loi et l’ordre public.

Les pratiques illégales récurrentes des forces de l’ordre envers les volontaires associatifs engagés à Calais ne peuvent qu’inquiéter quant à ce qu’elles laissent imaginer dans le comportement des policiers vis-à-vis des exilés, lesquels vivent dans une clandestinité et donc une exclusion qui les écartent largement de l’accès aux voies légales permettant de dénoncer de tels abus.

C’est conscients de leur chance de pouvoir s’exprimer publiquement et de témoigner des dérives qu’ils constatent et dont ils sont victimes dans leur travail quotidien de soutien aux exilés que les volontaires des associations ont souhaité faire connaître ces problématiques.

Rapport – Calais le harcèlement policier des bénévoles

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Référé-liberté : face au tribunal, la préfecture du Pas de Calais admet ses manquements et annonce de nouveaux dispositifs

Alors que les températures sont à la hausse à Calais en ce mois de juillet, la situation des personnes exilées est alarmante :
– Les points de distribution d’eau proposés par l’état sont très éloignés des lieux de vie.
– L’accès à l’eau et aux douches n’est possible que certaines heures de la journée
– Il est impossible de laver et de sécher le linge
– les exilé.e.s n’ont aucun moyen de stocker l’eau pour y avoir accès 24H/24

La soif, le manque d’hygiène dégradent encore les conditions de vie des exilé.e.s et entraînent des répercussions sur leur santé et leur état psychique.

Nous faisons remonter nos inquiétudes de manière régulières aux autorités, notamment dans le cadre des réunions en sous préfecture de Calais dans des réunions appelées “aide aux migrants” qui sont organisées une fois par mois. Ces réunions présentent toutefois de nombreuses limites : le choix des dates et des ordres du jour, ainsi que la rédaction des comptes rendus, sont effectués à la préfecture, comme la sélection des associations autorisées à y participer. Dans les faits, nous ne sommes pas entendus, et nos remarques lors de ces réunions n’ont pas débouché sur des changements significatifs pour les personnes en situation de transit à Calais.

Nous n’avions alors plus le choix : 11 associations ont invité la préfecture à s’expliquer devant le juge des référés au Tribunal Administratif de Lille.

Le rapporteur spécial de l’ONU Leo Heller est lui aussi intervenu en tierce partie à ce contentieux pour inviter la France à respecter ses obligations en matière de fourniture d’eau.

Les mesures que nous demandons sont très précises :
– Rapprocher les points d’eau des lieux de vie, faire en sorte qu’ils soient accessibles jour et nuit, et distribuer des récipients pour que les personnes sans-abri puissent stocker de l’eau
– Mettre en place un dispositif pour que les personnes sans-abris puissent laver leurs vêtements, et ainsi améliorer les conditions d’hygiène
– Améliorer l’accès aux douches (plages horaires plus longues, accès spécial pour les femmes et les mineurs)
– Rapprocher les sanitaires des lieux de vie, et installer des robinets pour que les personnes exilées puissent se laver les mains
– Mettre en place des bennes à ordure pour que les déchets soient traités
– Informer les exilés sur ces dispositifs avec des documents traduits

Et cela a payé : le jour de l’audience, la préfecture du Pas de Calais a annoncé de très nombreuses évolutions du dispositif :
– 2 fontaines à eau vont être présentes 24h/24 rue des Huttes
– Un 3ème lieu de ramassage va être mis en place pour les douches
– Une 3ème citerne mobile est installé depuis le 23 juillet (veille de l’audience)
– “plusieurs centaines de jerricans” vont être commandés pour être distribués aux exilé.e.s
– Des bassines peuvent être commandées pour que les exilé.e.s lavent leur vêtements

La décision sera rendue en début de semaine prochaine.

Pour les associations, c’est une victoire : l’accès à l’eau et aux systèmes d’hygiène va être amélioré.
Nous allons rester très vigilantes sur la mise en place de ces différentes annonces dans les semaines à venir.

Et malgré cela, la situation reste très difficile : les expulsions forcées continuent, la violence et le harcèlement restent la pierre angulaire de la politique de l’Etat à Calais et sur le littoral.

Ce mercredi 25, le matin, une nouvelle opération d’expulsion forcée s’est déroulée sur le camp de la rue des Verrotières, où les exilé.e.s se sont fait confisquer tentes, couvertures et affaires personnelles. Même chose hier matin au bois Chico-Mendès.

Faudra-t-il systématiquement retourner devant le Tribunal Administratif pour réclamer que soient respectés les droits fondamentaux des personnes migrantes?

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10 associations saisissent une nouvelle fois le juge en défense des droits fondamentaux des exilé.e.s présents à Calais

Calais, le 20.07.2018,

Depuis l’expulsion du bidonville de Calais en octobre 2016, plusieurs centaines de personnes exilées sont présentes sur la commune de Calais et aux alentours.

Ces hommes, femmes et enfants, bloqué.e.s à la frontière franco-britannique, subissent quotidiennement des opérations de destruction de leur lieu de vie qui ont pour but de lutter contre ce que les autorités appellent des « points de fixation ».

Pourtant, malgré tout, ces personnes sont là, comme depuis le milieu des années 90. Elles sont là, à la frontière, qui, seule, est ce fameux point de fixation.

Les conditions de vie de ces personnes que les autorités ne veulent pas voir, sont de plus en plus dégradées. Leurs besoins fondamentaux ne sont pas couverts.

Face à cette situation, des associations et des citoyen.ne.s, apportent un soutien quotidien aux personnes exilées. Elles fournissent des vêtements, des tentes, des sacs de couchage, des bâches, tout ce qui peut permettre de passer la nuit à l’abri du vent, de la pluie, du froid ou de la chaleur. Elles fournissent de la nourriture, en complément des distributions étatiques mises en place en mars 2018. Elles fournissent des soins primaires et orientent les personnes vers les dispositifs de soin existants. Elles fournissent de l’information sur les droits en France. Elles fournissent de l’eau et des moyens d’accéder à un minimum d’hygiène.

Elles fournissent de l’eau, alors que le Tribunal administratif de Lille puis le Conseil d’État avaient, respectivement les 26 juin et 31 juillet 2017, enjoint à l’autorité préfectorale et à la commune de Calais de créer plusieurs points d’eau accessibles permettant aux exilés sans abris de boire, de se laver et de laver leurs vêtements, et d’installer des latrines.

Si des points d’eau, des latrines et un dispositif de douches ont été tardivement installés, ils sont loin d’être suffisants et les modalités d’accès à ces dispositifs en réduisent l’effectivité.
Depuis des mois, les associations ne cessent d’indiquer, lors de rencontres avec le Préfet du Pas-de-Calais et le Sous-préfet de Calais, l’impérieuse nécessité d’augmenter les capacité de ce dispositif en augmentant le nombre de points d’eau et les horaires d’ouverture, et en facilitant les modalités d’accès aux dispositifs de douche par exemple. Malgré quelques modifications à la marge, l’ensemble du dispositif reste sous-dimensionné, et incapable de répondre à l’urgence.
Ce sont donc une nouvelle fois, les associations, bénévoles et militants, qui tentent de pallier les carences de l’État.

Elles apportent de l’eau, énormément d’eau. Elle fournissent des bidons ou des bouteilles pour que les personnes éloignées de plusieurs centaines de mètres et pour certaines près de deux kilomètres des points d’eau, puissent stocker de l’eau. Elles lavent des vêtements…

Malgré cela, elles constatent que la situation, depuis plusieurs mois, est critique. L’absence de prise en compte des besoins fondamentaux des personnes a des conséquences graves : la soif, le manque d’hygiène notamment, en plus de l’insécurité matérielle dans laquelle elles se trouvent, ont des répercussions sur la santé des personnes exilées.

Face à l’urgence, 10 associations ont donc pris la décision de saisir le juge des référés du Tribunal Administratif de Lille afin qu’il enjoigne à l’administration de prendre diverses mesures en vue d’assurer l’accès effectif des personnes sans-abris présentes à Calais à des points d’eau, des douches et différents équipements sanitaires.

Parallèlement à cette action urgente, les associations ont également interpellé le Préfet du Pas-de-Calais, en lui rappelant ce qu’elles ne cessent de dire depuis des années : il est indispensable de permettre à toutes les personnes présentes à Calais d’accéder à leur droit fondamentaux. Pour cela, elles demandent la fin immédiate des expulsions et la mise en place rapide de dispositifs d’hébergement à Calais et à proximité. Ces lieux doivent être des espaces de répit, où les personnes accèdent à l’ensemble des droits fondamentaux et à de l’information complète et impartiale. Des lieux de prise en charge effective pour les mineurs non accompagnés doivent également être mis en place.

Nous continuerons à utiliser les moyens en notre possession pour qu’enfin les droits fondamentaux des personnes exilées soient respectés.

Les associations requérantes dans le cadre du référé-liberté :
Care4Calais
Gynécologie sans frontières
Help Refugees
L’Auberge des migrants
La Cabane juridique / Legal Shelter
La Cimade
Refugee Women’s Center
Salam Nord/Pas-de-Calais
Secours catholique Caritas France
Utopia 56

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“Délit de solidarité” : une association accusée d’avoir distribué des tentes

Vendredi 23 mars, vers 9h, le campement situé Rue des Verrotières dans la Zone industrielle des Dunes a été détruit, une fois de plus. Il n’y avait pourtant, sur ce lieu-là, pas eu d’opération d’expulsion depuis plus d’un mois. Les exilé.e.s étaient installé.e.s dans des dizaines de tentes et essayaient d’améliorer leurs conditions de survie.

Depuis l’été 2017, les autorités préfectorales du Pas-de-Calais, en lien étroit avec la municipalité de Calais, mènent une lutte contre ce qu’elles appellent des « points de fixation ». Cette politique conduit à une destruction systématique des lieux de vie des exilé.e.s bloqué.e.s à la frontière franco-britannique, et à la confiscation par la police ou les services de nettoyage privés ou municipaux de leurs effets personnels (tentes, sacs de couchage, etc.).

Tant bien que mal, les exilé.e.s essayent de poser leur tente dans des bois, des champs ou  des terrain vagues. Ces campements sont alors régulièrement détruits, parfois 2 ou 3 fois par semaine. Les conséquences de cette politique sur les personnes exilées sont catastrophiques, augmentant leur état d’épuisement physique et psychologique. Les autorités, au lieu de rechercher des solutions dignes pour les personnes présentes à Calais, continuent sans relâche leur lutte contre « les points de fixations », quitte à utiliser des procédés inhumains et dégradants.

Le démantèlement du 23 mars a eu lieu pendant la distribution de repas organisée par l’Etat : les personnes  qui étaient parties prendre leur petit déjeuner n’ont donc pas pu récupérer leurs affaires.

Le même jour, dans l’après-midi, une équipe de l’entrepôt de l’Auberge des Migrants a organisé une distribution de tentes et de sacs de couchage, pour éviter que les gens ne se retrouvent sans aucun abri et matériel pour se protéger du froid. Les bénévoles ont seulement donné les tentes (environ 150), depuis un véhicule garé sur le bord de la route. Ils n’ont pas aidé les exilés à les monter. Au cours de cette distribution, deux bénévoles ont subi un contrôle d’identité.

Quelques heures après, ces deux bénévoles, le Président et un coordinateur de l’Auberge des migrants se voyaient remettre par 3 membres de la police judiciaire des convocations en vue d’une audition libre le lundi matin suivant au commissariat de Calais. Le motif : délit d’installation en réunion sur le terrain d’autrui.

Interrogatoires très agressifs, culpabilisation, fausses informations, prises d’empreintes, photos anthropométriques… Tout cela pour avoir distribué des tentes et des sacs de couchage à des exilé.e.s. Ces auditions n’avaient en fait qu’un seul but : intimider les volontaires, ceux de l’Auberge des migrants, et plus largement tous ceux intervenant à Calais, en les criminalisant.

Pour les 2 bénévoles, c’était une première. Pour l’association, c’est la suite d’une longue série de pressions : intimidations variées sur les bénévoles et salarié.e.s, contrôles d’identité et fouilles des bénévoles, amendes répétées et sans fondement pour les véhicules aux abords des campements, convocations au commissariat etc.

Ce nouvel épisode de pression et d’intimidation n’est donc que le dernier d’une trop longue série. Pourtant, face à la politique d’expulsion systématique conduisant à un épuisement généralisé des personnes exilées, la réponse des associations, collectifs et de citoyens reste la solidarité. Une solidarité qui ne faiblit pas.

Il n’est pas tolérable, quelles que soient les politiques mises en place, qu’en France, en 2018, la solidarité soit une nouvelle fois entravée. Il n’est pas tolérable que des bénévoles et militant.e.s soient intimidé.e.s, convoqué.e.s au commissariat, et peut-être poursuivi.e.s.

Nous, associations signataires, soutenons l’Auberge des migrants et l’ensemble des personnes intervenant à Calais en soutien aux personnes exilé.e.s bloqué.e.s à la frontière franco-britannique.  Le délit de solidarité est inacceptable. Le délit de solidarité doit être enfin abrogé.

 

Signataires

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La distribution alimentaire est aussi une question de dignité

Aujourd’hui, la distribution alimentaire pour les exilé.e.s présent.e.s à Calais a enfin été prise en charge par l’État.

Nos associations, qui pallient les carences de l’État depuis trop longtemps, ne peuvent que s’en féliciter.

Cependant, nous nous interrogeons sur l’information qui a été donnée aux personnes exilées. Il est indispensable que chacun puisse accéder à l’ alimentation, et cela passe d’abord par une information claire et précise donnée à chacun.

Par ailleurs, l’accès aux droits fondamentaux, c’est aussi l’accès à la dignité. Or, est-ce digne de permettre à des hommes, des femmes et des enfants de manger derrière des barbelés ? Est-ce digne de ne pas permettre à ces personnes de manger sereinement sans être encadrées par des forces de l’ordre ? Sont-elles à ce point indésirables ?

Nous continuerons à soutenir l’État lorsqu’enfin il prend ses responsabilités, et permet à chacun d’accéder aux droits fondamentaux.

Mais nous resterons continuellement vigilant.e.s pour que cette prise en charge aille dans le sens d’une amélioration des conditions de vie. Nous espérons donc que le dispositif ouvert aujourd’hui n’est qu’un dispositif transitoire. Nous appelons l’État, comme nous l’avons faits à diverses reprises, à ouvrir un ou plusieurs lieux vraiment dignes, c’est à dire des lieux ouverts, couverts – pour manger bien sûr, mais aussi pour faire la queue –, où l’on peut se poser pour manger et où chacun.e est assuré.e de ne pas être interpellé.e en y allant ou en le quittant.

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Un usage proportionné de la violence, monsieur le Préfet ?

Hier après-midi à Calais, rue des Verrotières, les tensions entre forces de l’ordre et exilé(e)s ont donné lieu à des affrontements.
 
L’opération initiale avait pour but de « nettoyer » les campements et abris qui sont à proximité, et qui servent de refuges aux exilé(e)s. C’est votre politique, pas la nôtre, le refus de tout « point de fixation ».
 
On peut s’interroger néanmoins de la nécessité de rassembler une cinquantaine de policiers et de CRS pour cette opération, et de la pertinence du choix du moment de l’intervention (rassemblement pour distributions alimentaires, de vêtements, et accès aux soins).
 
On peut s’interroger du fait, encore une fois, que les personnes n’aient pas été autorisées à récupérer leurs effets personnels et ceci malgré vos engagements. Nous étions là et nous l’affirmons.
 
Hier, 4 personnes ont été blessées. Un adolescent de 16 ans, le jeune S, a été emmené à l’hôpital de Calais, vers 15 heures, dans un état grave.
 
Accompagné par deux personnes, bénévole du Secours Catholique, et salariée d’une association opératrice de l’état.
 
Le médecin urgentiste qui les recevra leur demandera après observation : « Qu’a-t-il reçu pour avoir la figure explosée ? Œil éclaté, nez rentré dans la boite crânienne .». Plusieurs fractures du crâne.
 
C’est un mineur, monsieur le Préfet.
 
Il devrait bénéficier de votre protection. Nous le redisons, cette politique du rejet et de l’exclusion n’est pas tenable.
 
 
L’Auberge des Migrants et Médecins du Monde
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Communiqué sur la situation des mineurs et les voies de passage (Sandhurst, Dubs)

Informations sur ce qui se passe à Calais ces derniers jours :

Nous avons constaté l’arrivée de jeunes adultes et de mineurs (150 à 200) après la visite d’Emmanuel Macron à Calais, dont une partie étaient des déboutés du droit d’asile français ou européen, qui espéraient un changement des règles d’asile françaises à Calais, qui leur permettrait de rester en France. D’autres avaient entendu le projet du président de faire pression sur la Grande-Bretagne pour accélérer le rapprochement familial et prendre en charge des personnes fragiles dans le cadre de l’amendement Dubs.

D’autres arrivées (principalement d’Erythréens) ont été constatées à la suite d’une rumeur sur d’éventuels transferts vers le Canada depuis Calais. Nous ne savons pas l’origine de cette rumeur. Les exilés sont désespérés, et sont prêts à croire beaucoup d’histoires dans l’espoir d’avoir une vie meilleure…

Dans la précipitation, face à l’afflux de nouveaux arrivants, la Préfecture a opéré ce matin le transfert d’une centaine de mineurs vers un nouveau centre dans le Pas de Calais. Sans information sur le terrain, ni aux migrants, ni aux associations, cela a créé un mouvement de panique parmi les exilés aujourd’hui, avec une rumeur de transfert vers l’Angleterre.

Nous avons également constaté parmi les arrivées la présence d’une trentaine de femmes, certaines qu’elles allaient pouvoir passer légalement.

Nous constatons actuellement sur le terrain une grande confusion et un manque d’informations de la part de sources officielles.

Mise en place de ces dispositifs du traité de Sandhurst et de l’Amendement Dubs :

Nous apprécions vivement l’ouverture de nouvelles passerelles de passage. Cela va motiver beaucoup de mineurs à s’engager dans des voies de passage sûr et légal, plutôt que de solliciter des passeurs ou de risquer leur vie sur des camions.

Mais ces voies de passage restent limitées et encadrées (vous trouverez une analyse détaillée de ces 2 nouveaux dispositifs en pièce jointe).

La possibilité de se construire un avenir en France, soutenue par la protection de l’enfance, doit rester une priorité et la première étape de prise en charge sur le territoire français. C’est ensuite aux travailleurs sociaux d’évaluer l’intérêt supérieur de l’enfant.

Pour la mise en place de ces procédures de transfert, nous nous opposons à tout système en dehors de la protection de l’enfance, comme ce qui avait été fait avec les CAOMIE (Centre d’Accueil et d’Orientation pour Mineurs Isolés Etrangers) lors du démantèlement de la « Jungle » de Calais en octobre 2016.

Nous nous inquiétons de la reconduite éventuelle d’un tel dispositif.

Pour rappel, les CAOMIE étaient un système dérogatoire mis en place à la suite du démantèlement de la « Jungle » de Calais.

Les mineurs qui entraient dans ces centres avaient le choix entre :

– Soit une réunification expéditive et ad’hoc, sans respect des clauses de sauvegarde Dublin (pas d’enregistrements des entretiens, pas de notification de refus, pas de possibilité d’appel de la décision…)

– Soit un transfert sous Amendement Dubs, qui était alors très restrictif et qui rendait très peu d’enfants éligibles.

Et cela avec peu ou pas de passerelle vers la protection de l’enfance française.

Les mineurs refusés par le Home Office ont été parmi les premiers à revenir dans le Calaisis.

Les problèmes rencontrés sur le terrain ne sont absolument pas résolus par le traité de Sandhurst ou l’amendement Dubs.

Il y a peu ou pas de maraude d’identification et d’informations, mis à part dans le Pas de Calais alors que le problème est national. Il y a toujours des problèmes de capacité d’hébergement, ainsi qu’un manque de personnel formé.

La mise en sécurité des mineurs par l’accès à la protection de l’enfance reste toujours aussi complexe. Pour l’instant, aucun plan de déploiement de moyen n’a été annoncé.

Analyse du traité et de l’amendement par l’Auberge des Migrants

Enquête sur le décès du mineur de 15 ans décédé fin décembre : https://www.theguardian.com/world/2018/jan/16/england-seemed-so-close-refugee-15-crushed-to-death-by-calais-lorry

Signataires : l’Auberge des Migrants et Utopia 56

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L’Auberge, Utopia 56 et le SCCF portent plainte pour destruction et dégradation de biens

Depuis plusieurs mois, et malgré la trêve hivernale, les exilés de Calais sont dépossédés quotidiennement des biens leur permettant de se protéger du froid.

Chaque semaine, des sacs de couchage, bâches et tentes sont mis à la benne, détruits, voire gazés.

Les personnes exilées ne peuvent se défendre contre ces destructions ou confiscations. Ils et elles ne n’osant pas porter plainte devant les mêmes autorités que celles ayant détruit leurs biens, ou ne voyant pas comment une telle plainte pourrait améliorer leur situation personnelle.

La mission de nos associations est de permettre à chacun d’accéder à ses droits fondamentaux et à la dignité.

Conformément à cette mission, nous avons mis à disposition des exilés des biens (sacs de couchage, bâches) pour leur permettre de ne pas mourir de froid.

Nous avons clairement fait apparaître les logos de nos associations sur nos 600 bâches et sacs de couchage. Les bénéficiaires de la distribution qui le souhaitaient pouvaient signer un contrat de prêt.

Nos avions prévu de réaliser une action juridique en cas de destruction ou de confiscation du matériel pour le dénoncer.

En vue des faits observés, L’Auberge et le Secours Catholique ont décidé de porter plainte aujourd’hui contre X pour destruction et dégradation de biens prêtés par nos associations.

Nous dénonçons cette maltraitance institutionnelle qui s’exerce contre les exilés à Calais et les entraves envers les associations et militants qui tentent de leur venir en aide.

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L’Auberge des Migrants et d’Utopia 56 déclinent l’invitation d’Emmanuel Macron

Calais : alors même que le gouvernement n’a pas entendu à Paris les grandes organisations humanitaires, ni sur leurs critiques, ni sur leurs propositions, pourquoi le président tiendrait-il compte des mêmes critiques et propositions des associations locales ?

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Les associations L’Auberge des Migrants et Utopia 56, invitées à rencontrer le Président de la République le 16 janvier, déclinent cette invitation.

Il ne s’agit pas de dire non à toute concertation : nous participons d’ailleurs à celles qui ont lieu depuis septembre en sous-préfecture de Calais. Les demandes formulées par les associations y obtiennent parfois des réponses, souvent partielles, mais qui contribuent à rendre les conditions de survie des migrants à Calais un peu moins inhumaines.

Mais le Président de la République est porteur, avec le gouvernement et la majorité parlementaire, de la politique d’ensemble concernant les migrations. C’est de cela qu’il vient parler : les accords du Touquet, sur la gestion de la frontière avec les autorités britanniques, et le projet de loi sur les migrations. Nous désapprouvons ces politiques, qui ont créé la situation calaisienne, et qui l’aggraveront.

A Calais en effet, s’entassent :

–       Les personnes qui ont toutes les raisons de vouloir demander la protection du Royaume-Uni : ils sont de culture anglophone, y ont leur famille et ont plus de chances de s’intégrer qu’ailleurs en Europe ; mais on ne leur offre pas de possibilité d’accès légal, alors que, lorsqu’elles auront franchi la Manche illégalement et au péril de leur vie, ou en payant des passeurs à prix d’or, elles obtiendront sans doute l’asile au Royaume-Uni ;

–       Les « dublinés », qui, si ils demandent l’asile en France, seront renvoyés dans le pays où on leur a pris les empreintes digitales, pays qui ne sont ni désireux, ni capables de les accueillir, et nous les renvoient d’ailleurs ou les laissent repartir ;

–       Les déboutés du droit d’asile, que l’on ne peut pas, et doit pas, renvoyer dans leur pays, quand il est en guerre ou vit sous un régime répressif et dictatorial, et qui tentent leur dernière chance au Royaume-Uni, faute de permis de séjour renouvelables sur le continent ;

–       Les mineurs isolés qui, lassés d’attendre des mois et des mois leur prise en charge par la Grande-Bretagne au titre du rapprochement familial ou de l’amendement Dubbs, reviennent à Calais, faute de pouvoir passer la Manche légalement dans des délais raisonnables.

Rien n’indique que la France veuille renégocier les accords du Touquet, tout au contraire. Par ailleurs, la concertation sur le futur projet de loi migrations est terminée.

Alors même que le gouvernement n’a pas écouté les grandes organisations humanitaires, ni sur leurs critiques, ni sur leurs propositions, pourquoi le président tiendrait-il compte des mêmes critiques et propositions des associations locales ?

La rencontre avec le Président de la République nous semble donc inutile. Elle ne peut que permettre au chef de l’exécutif de déclarer qu’il y a eu dialogue avec les associations, alors que les décisions politiques importantes sont déjà prises.

Elle succède à d’autres rencontres (Mrs Valls, Cazeneuve, Collomb…) auxquelles nous avons participé et qui ont servi d’alibi à des autorités simplement soucieuses de faire croire à un dialogue avec les associations calaisiennes.

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Communiqué des Etats Généraux des Migrations

Lancement des États Généraux des Migrations dans le Nord – Pas de Calais

Conférence de presse à Calais, mardi 16 janvier 2018 à 10h30 – 47 rue de Moscou, Calais

Hasard du calendrier, la concertation des EGM a réuni plus de 40 associations et collectifs dans le 59/62 le même jour que la rencontre controversée à Matignon qui a servi de prétexte à la présentation du projet de loi sur la politique migratoire.

Les politiques d’asile et d’immigration mises en œuvre en France ne cessent de se durcir et de rendre la vie de plus en plus difficile pour la grande majorité des étranger.e.s qui vivent ou transitent sur notre territoire, avec ou sans papier.

Les étranger.e.s qui vivent dans les Hauts-de-France n’échappent pas à ce durcissement. Au contraire, nous dénonçons :

  • les difficultés accrues pour obtenir un titre de séjour ou son renouvellement,

  • une application quasi automatique des Accords de Dublin pour refouler les réfugiés hors de France

  • le parcours du combattant pour qu’un.e mineur.e non accompagné.e soit au moins mis à l’abri, sans parler d’une prise en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance,

  • des mineurs en rétention,

  • les conditions de vie toujours plus indignes des exilés qui survivent aussi bien à l’intérieur des Hauts-De-France qu’ à la frontière franco-britannique,

  • des destructions de bidonvilles sans solutions, quelle que soit la situation administrative des personnes qui s’y abritent (ressortissant.e.s européen.e.s ou non)

  • un harcèlement, qui ne cesse de prendre de l’ampleur, des bénévoles et militant.e.s qui tentent de défendre les droits des personnes étrangères,

Et ce ne sont que des exemples des conséquences dramatiques des politiques migratoires et de non-accueil mises en œuvre.

De plus, les discours systématiquement négatifs voire péjoratifs à propos des migrations, sans que jamais ne soit mis en avant ses aspects positifs, contribuent à un renforcement des stigmatisations et des discriminations des personnes étrangères en France.

Le 14 juin puis le 24 juillet 2017, des centaines d’associations et collectifs venant en soutien aux personnes étrangères en France ont adressé au Président de la République et au gouvernement des demandes pour la mise en place d’une conférence nationale réunissant toutes les parties prenantes et ayant pour objectif de faire émerger des politiques migratoires et d’accueil radicalement différentes.

La réponse fut un « Plan Migrant » incluant une nouvelle loi dont on comprend qu’elle sera encore plus répressive et encore moins accueillante.

Face à cette fin de non-recevoir, nous avons, avec de nombreuses autres associations et collectifs à travers la France, lancé cette concertation citoyenne sur l’accueil et les droits des personnes étrangères.

Jeudi 11 janvier, nous, associations et collectifs composés de personnes issues de l’immigration et/ou venant en soutien aux personnes étrangères, et intervenant dans le Nord Pas-de-Calais, nous sommes réuni.e.s à Lille pour impulser cette dynamique de concertation sur notre territoire.

Près de 100 personnes ont pu débattre des principales problématiques à dénoncer, des initiatives positives pour faire évoluer les choses et de l’organisation à mettre en place pour faire émerger des actions afin de se faire entendre.

Nous sommes ensemble, nous ne nous tairons plus.

Alors qu’Emmanuel Macron vient à Calais mardi 16 janvier pour présenter les axes de sa politique migratoire, nous vous invitons à une conférence de presse ce mardi 16 janvier à 10h30 à l’accueil de jour du Secours Catholique, 47 rue de Moscou, à Calais.

Signatures:

Amnesty International Nord-Pas de Calais-Somme,

Amnesty International Armentières,

Amnesty International Lens-Liévin,

Amnesty International Lille,

Auberge des Migrants,

Cabane Juridique,

Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement – Terre Solidaire Lille,

Cimade Nord-Picardie,

Collectif Afrique,

Collectif Citoyens de Maubeuge,

Comité des Sans-Papiers 59,

COSIM – Collectif des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations -Hauts de France,

Centre Régional de Documentation sur le Tiers Monde,

DEEP – Dialogue Empathie, Engagement et Paix – France,

GRDR, migrations citoyenneté, développement

Inter-collectif Rroms 59/62,

Ligue des Droits de Homme Dunkerque,

Ligue des Droits de Homme Lille,

Les 4A,

Médecins Du Monde – Hauts de France,

Planning Familial 62,

Protection des Enfants du Tiers Monde,

Réseau d’Accueil des Immigrés dans à Lille,

Secours Catholique 59,

Secours Catholique 62,

Syndicats SUD des agentEs du département du Nord

Terre d’Errance,

Utopia 56

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