Paroles de migrants

Propos recueillismigrants4small

Ces gens sont heureux de nous parler. En général, ils parlent anglais ou ils trouvent une personne parlant anglais dans leur groupe. Certains migrants nous confient leur histoire et leurs attentes, parlent de leur famille ou de leur vision du monde. Ce sont ces propos que nous rapportons ci-dessous.Ce ne sont que des cas isolés.
Les prénoms ont été modifiés. Les photos ne correspondent pas. Les propos ne sont publiés que lorsque les gens ne sont plus à Calais.

 

 

 

 

 

A.propos 1
A. est arrivé à Calais avec une vitalité extraordinaire.
C’était en octobre 2008. Je l’ai remarqué à son sac à dos digne d’un randonneur, à sa valise toute neuve. Ils interpelait ses amis dans la file. Lui, il ne faisait pas la file pour manger.
Quelques jours plus tard, je l’ai vu dans la file, attendant la distribution. Ils souriait, un peu timide, un peu géné. Il m’a demandé où se trouve la piscine pour prendre une douche, où acheter une tente, où trouver un cyber café.
Après quelques semaines, il avait perdu sa prestance, ses vêtements étaient couverts de boue, son sourire était parti. Il m’a demandé pourquoi la police française bloque la frontière. Il m’a expliqué sa vie : il avait un poste de responsable technique dans l’industrie pétrolière en Iran, il gagnait 6 000 € par mois. Mais il a eu des problèmes politiques. Sur ce sujet, il ne dira rien de plus : l’habitude de se méfier de tous. Ses amis ont été arrétés. Il a réussi à quitter l’Iran, en laissant tout derrière lui, surtout sa femme et ses enfants. Parlant parfaitement anglais, étant en lien professionnel avec des sociétés internationales, il pensait pouvoir reprendre une vie en Grande Bretagne, faire venir sa famille, puis partir vers les Etats Unis. Maintenant il ne sait plus. Et puis, un jour, je ne l’ai plus vu dans la file. Je ne sais pas où il est.