Paroles de bénévoles

Véronique

Je me souviens d’une des premières fois ou je suis allée à la distribution, il y avait tous ces jeunes (des gamins de 16 ans jusqu’à de jeunes hommes de 25 ans environ…) qui attendaient leur sac avec de quoi manger pour la journée . On essaye d’engager la conversation, on retrouve ceux qu’on avait croisé la fois précédente, on plaisante de tout et de rien…et puis, l’un d ‘entre eux m’apprend que c’est l’anniversaire de son ami aujourd’hui : je m’en approche et lui souhaite un bon anniversaire, je lui demande son âge : 20 ans ! Fêter ses 20 ans, dehors, sous une pluie battante, avec quelles perspectives pour l’avenir ? A 20 ans, j’avais des rêves plein la tête, j’étais en train de construire activement mon avenir par mes études ; je savais ce que j’allais faire comme métier, je savais que j’aurais des enfants, une maison… la vie normale, quoi ! Et ce jeune à qui j’ai souhaité « bon anniversaire » a fouillé dans le sac qu’on venait de lui donner, a trouvé quelques biscuits et m’en a offert la moitié………. Ce n’est pas toujours celui qui croit donner, qui donne le plus….

 

 

Françoise, 22 ans

6 mois maintenant que je travaille bénévolement avec l’Auberge des Migrants. Je me suis même engagée pour 8 mois supplémentaires, en service civique. Le plus fou c’est que si vous m’aviez rencontrée la veille du premier jour, je vous aurez dit que j’allai essayer mais que je n’y retournerai certainement plus après. Parce que franchement, s’épuiser sans rien en retour, pour des gens qu’on ne connait même pas, c’est pas super motivant, non? Eh bien si, ça l’est, et pas qu’un peu ! Mes inquiétudes, mon sentiment de culpabilité constant (de ne rien faire alors que des gens juste à côté de chez moi vivent dans des conditions intolérables) se sont dissipés. Je n’ai pas la prétention de dire que mon action isolée change les choses. C’est la mienne plus celle de tous les autres volontaires qui font la différence. Travailler ici, c’est l’occasion de rencontrer des tas de nouvelles personnes, de tous les horizons, venues ici à Calais dans le seul but d’apporter leur aide. C’est l’occasion aussi de rendre aux réfugiés la dignité que tant de monde leur refuse. Nous leur donnons couvertures, vêtements, nourriture, et de la chaleur. Être humain, leur offrir nos sourires, est essentiel. J’étais convaincue que je n’aimais pas les gens, que « l’humanité ne valait pas le coup d’être sauvée ». Je réalise maintenant que je me suis trompée. Tout le monde mérite d’avoir une chance. Alors me voilà, dans le social, à aider les gens comme je peux sans compter mes heures, et le pire c’est que j’aime ça ! 22 ans à chercher que faire de ma vie, et maintenant j’ai trouvé ma voie (un peu cliché je sais bien, mais c’est encore la façon la plus claire de le dire). Tous ensemble, on peut changer les choses, ou au moins ramener un peu d’humanité dans ce monde de brutes !