Article de Margot Bernard, volontaire à l’Auberge, petit hommage à tous ces bénévoles qui interviennent auprès des exilés près de chez eux…

« Ah bah, par exemple, là où j’habite, il y a un C.A.O.(un Centre d’Accueil et d’Orientation) qui a ouvert quand ils ont dégagé Calais. J’y suis allée donner des cours de français, c’était ce qui était demandé. Je me suis vite aperçue qu’on était juste là pour les occuper, en fait. C’est ce qui nous a été dit au début de manière assez claire, par l’association qui a délégation de l’état pour gérer le Centre. Parce que, t’imagines, quarante mecs paumés en pleine cambrousse à une demi-heure de la première bourgade, qui ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés, ils ont intérêt à être occupés… Et là, la dernière fois que j’y suis allée… je venais faire mon petit cours… je rentre dans le hall… putain ! c’était farci de bénévoles ! Il y avait plus de Blancs que de Noirs, et ils étaient tous venus avec des gâteaux ! Des monceaux de pâtisseries !… Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une redoutable montée de bénévolite, et de la pure ! que du sucre ! sans sel ! pas de politique !… Tu sens ce vieux fonds catho qui fait retour, même chez les non-cathos. Et ça produit des gâteaux en masse, quoi. Ils vont se taper un taux de cholestérol à la sortie du Centre, les réfugiés, ça va être phénoménal. Ils vont tous prendre 10 kilos. On ne sait pas s’ils auront des papiers, mais au moins ils connaîtront la pâtisserie française… Remuer les gens, se remuer soi-même, ce serait déjà ne pas se contenter de ce bénévolat, par exemple. »

Dans une interview, l’écrivaine Nathalie Quintane dénonce vivement la « bénévolite » qu’elle a constaté dans un centre d’accueil et d’orientation (CAO), dont le premier symptôme serait une avalanche de pâtisseries… Sur Info CAO, un réseau créé afin d’encourager le bénévolat et la vigilance citoyenne dans les centres, on cultive la bénévolite, et pire, on essaie de la transmettre.

A quelques semaines du démantèlement, nous avons appris que toute la jungle, soit 10.000 personnes à l’époque, serait envoyée en centres d’accueil et d’orientation. Avec l’Auberge des Migrants et Utopia 56, nous avons voulu mettre en place un outil qui nous permettrait de suivre ces personnes, et de garder un oeil sur ces fameux centres. Notre outil, c’est Info CAO, autrement dit un site internet, 14 groupes Facebook et un forum privé, animé par 22 personnes issues de nos deux associations.

Cela ne s’est pas fait sans débat. On nous reproche toujours de participer à l’oeuvre du gouvernement. Personnellement, je préfère une avalanche de gâteaux à un comité d’accueil du Front National. Ceux qui disent que les bénévoles ne sont pas militants sont de mauvaise foi. Je suis en contact tous les jours avec des volontaires qui font tout pour que les personnes hébergées dans les centres aient accès à leur droit, et cela a un véritable impact sur le droit d’asile en général. Ça commence avec un gâteau au yaourt, et deux semaines après, notre maman cuistot, qui a aussi un boulot à côté, est en train de remuer ciel et terre pour faire annuler une procédure Dublin. Je connais une bénévole dans le sud de la France qui n’avait jamais été en contact avec des exilés avant d’apporter son aide dans un centre d’accueil pour mineurs isolés (CAOMI) et qui maintenant maîtrise sur le bout des doigts les procédures de réunification familiale et les contestations de majorité.

Pour aider les exilés, il faut d’abord s’y intéresser. Une pâtisserie, cela peut sembler futile, mais si cela permet de nouer un contact, alors c’est primordial. C’est grâce aux bénévoles qui se rendent tous les jours dans les centres que nous pouvons obtenir des informations sur le dublinage ou sur les départs massifs de mineurs. On ne peut pas être militant et se tenir à l’écart de toute l’aide aux demandeurs d’asile, sous prétexte que l’on ne veut pas « cautionner ». Je ne pense pas que le bien-être des exilés aurait progressé si tous les citoyens s’étaient tenus à l’écart des CAO pour signaler leurs dysfonctionnements. Les CAO auraient toujours existé, et personne n’aurait pu faire état de ces fameux dysfonctionnements.

A côté de ça, les bénévoles font énormément pour que les exilés se sentent « chez eux ». Les cours de français et les activités permettent d’apporter du lien social à des personnes qui ont été trop de fois déracinées. Il ne s’agit évidemment pas de s’allonger sur le tarmac des aéroports pour empêcher des expulsions, mais chacun aide à son échelle. Pourquoi prendre à parti les personnes qui consacrent leur temps à aider les autres, plutôt que celles qui consacrent une énergie effarante à les persécuter ? J’ai beaucoup de respect pour ces Catherine, ces Chrystel, qui font bouger tous les jours l’accueil des exilés. Alors je leur rends hommage, et je m’enfile un Paris-Brest à votre santé.

Margot Bernard
Auberge des Migrants