Auberge

A Calais, la guerre des lieux et des horaires

Tous les soirs, les forces policières sont présentes sur le lieu de distribution de nourriture : « Vous avez une heure ». Dans le jeu du chat et de la souris, les exilés et les associatifs ont droit à une heure durant laquelle ils peuvent dire « pouce ».

A Calais, la lutte continue

Pourtant, les associations ont remporté le référé-liberté contre l’arrêté « anti-nourriture » de la mairie de Calais. Cette victoire juridique avait permis d’obtenir l’autorisation de distribuer de la nourriture dans la Zone Industrielle des Dunes, lieu de vie d’une grande partie des exilés présents à Calais.

Le nombre d’exilés continue à augmenter, avec de nouvelles arrivées quotidiennes et une diversité croissante des âges et nationalités. En conséquence, de nouveaux lieux de vie sont apparus, disséminés dans les contours extérieurs de la ville et dans les parcs du centre.

Pour répondre aux besoins, les associations ont mis en place un point de distribution fixe dans ZI des dunes pour le déjeuner et le dîner, et des maraudes pour couvrir les autres lieux. Autour de ces points de distribution, de nouvelles actions se développent, pour offrir aux exilés des consultations médicales, du soutien psycho-social, ou encore de l’information sur leurs droits.

 

La part de l’absurde

Chaque soir, ce sont une ou deux voitures de police, accompagnées de camions de CRS, qui sont garées à quelques dizaines de mètres du lieu de distribution. Par une sorte de règle tacite, les forces de l’ordre laissent aux associations une heure de distribution avant d’intervenir et de repousser les exilés vers la forêt adjacente. Quand on pose la question, on s’entend répondre que l’ordre vient du ministère de l’intérieur, de la préfecture, ou « de moi, je suis chef de la police, je fais ce que je veux ».

Alors que dans les premières semaines, les policiers contrôlaient toutes les personnes présentes dans le but de faire fuir ceux qui n’étaient pas en règle, aujourd’hui ils se contentent d’indiquer la direction des bois à toutes les personnes exilées… mais aussi aux personnes de couleur qui sont volontaires au sein des associations. Les mineurs, les personnes vulnérables, sont poliment invitées à débarrasser le plancher.

Ces évacuations chaque soir sont globalement calmes ; la vraie violence a lieu la nuit, dans les lieux moins exposés. Il y a des nuits passées sans sommeil à cause de la traque incessante, du gaz lacrymogène dans les sacs de couchage, les « lève-toi et dégage » à deux heures du matin. Les expulsions de la distribution du soir semblent être la part de l’absurde dans ce système : les policiers ordonnent aux gens d’aller dans la forêt, tiennent leur base pendant cinq minutes avant de quitter les lieux. La distribution peut recommencer.

Durcissement des mesures

Le 31 mai, la règle tacite de l’heure de tranquillité a changé d’interprétation. La police est venue annoncer qu’à présent, aucune distribution ne serait tolérée, dans aucun lieu, en dehors de la plage horaire de 18h à 20h dans la Zone Industrielle des Dunes. La distribution du midi est empêchée ce jour-là.

Pendant ce temps, dans les parcs municipaux, la mairie de Calais a réactivé une loi des années 70 interdisant de se tenir sur les pelouses. Bien que cette décision impacte tout le monde, ceux qui sont visés sont les exilés qui vivent, mangent et dorment dans les parcs du centre-ville.

Ces personnes sont donc condamnées à un repas par jour, et les maraudes qui touchaient des personnes différentes ne seront plus tolérées. Sur les réseaux sociaux, la situation est dénoncée. En plein ramadan, limiter ainsi l’accès à l’eau et la nourriture pourrait mettre des vies en danger.

Les associatifs sont bien décidés à résister, et ne comptent pas limiter l’aide humanitaire face au harcèlement policier. Le jeu du chat et de la souris continue.

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Shoes Love

Par Dan Chadder

Dans Le Guide du voyageur galactique, les deux individus les plus sages de l’humanité demandent à un stupéfiant super-ordinateur de calculer la réponse à la question ultime : le sens de la vie. Après exactement 7,5 millions d’années, la réponse enfin révélée refroidit passablement la foule jubilatoire réunie pour l’occasion. C’est 42. Vous y êtes. Le sens officiel de la vie, de l’univers et du reste est 42. Et comme si ce nombre n’était déjà pas assez significatif, les bénévoles de Calais ont à présent développé une relation personnelle encore plus profonde au nombre 42, plus profonde encore que le sens de la vie.

Je viens d’achever une période de 5 mois de bénévolat au sein de l’Auberge des Migrants, sur le camp de réfugiés de La Linière à Grande-Synthe. Mon rôle consistait à distribuer des biens non-alimentaires sur le camp, comme des vêtements, des couvertures et des produits d’hygiène. Le travail de l’équipe reposait sur des ressources limitées, donc la distribution suivait des règles strictes d’évaluation des besoins. En général, nous pouvions proposer les produits d’hygiène plus librement. En termes de chaussures, les stocks disponibles pour certaines tailles étaient toujours bas, et nous avions une capacité limitée pour répondre à certains besoins. Une taille en particulier était notoire pour être plus demandée que les autres. Il s’agit de la taille 42.

Les tailles 41 et 43 avaient également une demande élevée, mais rien comparé au 42. L’écart entre l’offre et la demande pour la taille 42 était tellement immense qu’une poignée de bénévoles ont eu l’irrésistible idée de se faire tatouer l’auguste nombre. Alors que ma taille de chaussure est en fait 43, ce tatouage m’accompagnera pour le restant de ma vie. À peu près de la même manière, je devrai vivre avec le souvenir dégradant d’avoir dû rejeter constamment des demandes pourtant raisonnables d’autres êtres humains pour des chaussures durant l’hiver, et parfois pour des enfants. Dans un développement tordu de l’histoire, nous, les bénévoles venus pour aider, apparaissions insensibles, sans cœur. Si le tatouage était probablement stupide, il était aussi l’expression de notre désespoir.

 

Quand on vous demande des chaussures, la réponse n’est pas aussi simple que oui ou non. Nous décidions aussi de la qualité des chaussures que nous allions donner. Pour un individu vulnérable, comme un mineur non accompagné dormant dans un lieu communautaire, nous n’allions pas donner une paire toute neuve de Nike (que dans tous les cas nous n’avions pas). Cela les aurait mis en danger et leurs nouvelles chaussures auraient été volées. Dans ce cas, nous options pour une paire de chaussures laides mais fonctionnelles.

La plupart de ces complications proviennent d’une pénurie de stocks. Nous avons besoin de chaussures 41, 42 et 43. C’est en réalité assez simple. Une paire de chaussures ne changera pas une vie mais rendra la lutte un peu plus supportable. Maintenant que j’ai achevé ma période de volontariat dans le Nord de la France, j’éprouve un sentiment similaire. Je n’ai pas sauvé le monde, mais j’ai joué mon rôle en apportant quelques changements positifs dans une situation désespérée.

Soutenez-nous, faites don de vos chaussures : http://www.laubergedesmigrants.fr/fr/dons-materiels/

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début 2017 : nous recherchons des bénévoles

Les migrants reviennent toujours plus nombreux à Calais, il pleut, le froid est vif, et nous distribuons chaque soir plusieurs dizaines de vêtements chauds lors des maraudes. Nous manquons actuellement de bénévoles pour trier les vêtements que nous recevons chaque jour, de 10h à 17h.

Nous travaillons tous les jours de la semaine y compris le dimanche, n’hesitez pas à venir passer un weekend à Calais pour nous aider, une semaine, ou plus, autant que vous voulez quand vous voulez.

Contactez nous :

calaisvolunteers@helprefugees.org.uk ou 06 78 02 05 32

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La destruction des restaurants et boutiques du camp de Calais

Les restaurants, et plus généralement tous les commerces et services du camp de Calais ont été détruits. C’est l’objectif affiché du gouvernement, après les contrôles, suivis de saisies et de convocations au tribunal, menés par la police depuis fin juillet. Les propriétaires des restaurants et des épiceries, qui avaient déjà dû stopper leur activité, ont reçu fin juillet l’ordre de démanteler leurs constructions avant mercredi 11 août. Cette décision mérite une analyse, à la fois de la réalité de ces petits commerces, de leur rôle, des problèmes qu’ils peuvent poser, du langage et des pratiques des autorités dans cette opération, et des conséquences prévisibles si le gouvernement arrive à ses fins.

Les petits commerces du camp de Calais

Quelques semaines seulement après que les réfugiés aient été obligés, début avril 2015, de quitter les squats et jungles qu’ils occupaient à Calais et à proximité, des petites épiceries se créaient déjà, dans des cabanes faites de matériaux de récupération. A mesure que la population de ce qui était à l’époque un camp de toile, augmentait, leur nombre augmentait, ainsi que leur surface et leur qualité. En mars 2016, juste avant la destruction de la partie sud du bidonville, on dénombrait plus d’une centaine de ces boutiques : restaurants, épiceries, mais aussi coiffeurs, deux réparateurs de vélos, deux petits hammams, ainsi que des revendeurs de téléphones ou de surplus provenant des dons (vêtements, tentes…).

Le rôle de ces petits commerces

A la fin de l’hiver 2014-2015, le camp est finalement devenu en quelques mois un bidonville : les tentes ont été remplacées par des abris en bois construits par les réfugiés et les associations (Secours Catholique, M.S.F., L’Auberge des Migrants) ; les réfugiés disposent, outre des petits commerces, de « services publics » et « lieux de vie » : églises, mosquées, écoles, lieux d’information, points de distribution, émetteurs wifi, générateurs électriques … Comme dans tous les bidonvilles du monde, une vie économique s’est développée ! Ces éléments viennent répondre à des besoins que n’assurent pas du tout, ou pas suffisamment, les autorités, à travers le centre Jules Ferry (accueil de 100, puis 250 femmes et enfants, douches, points de recharge des téléphones, un repas par jour) et le C.A.P. (hébergement en conteneurs de 750 puis 1 500 personnes). Les réfugiés doivent se confectionner au moins un deuxième repas par jour, et se faire couper les cheveux, rencontrer des amis ou se distraire. Ces commerces permettent aussi à 300 à 400 personnes, en majorité Afghans et Pakistanais, d’obtenir un petit revenu, qui leur permet d’attendre, soit de passer en Grande-Bretagne, soit de demander l’asile, soit d’obtenir un hébergement après leur demande d’asile. Les réfugiés ayant des compétences et une expérience professionnelle les valorisent, notamment les coiffeurs, les mécaniciens et les cuisiniers. Ces commerces, surtout les restaurants permettent la rencontre entre réfugiés, entre réfugiés et bénévoles, et assurent donc une meilleure sociabilité à la survie quotidienne dans le camp. Ces commerces abritent aussi, non seulement leurs initiateurs ou associés, mais également des réfugiés récemment arrivés, qui y dorment gratuitement, une ou deux nuits avant de trouver une tente ou une place dans une cabane, ou de façon permanente.

Les problèmes que les commerces peuvent poser

Les commerces ont été créés à peu de frais. Avec quelques centaines d’euros de matériaux (bois, bâche, palettes), voire des matériaux donnés par les associations d’aide aux migrants, normalement destinés à la construction d’abris (vieilles couvertures pour l’isolation, matériel de cuisine) ou récupérés sur les anciennes jungles, un restaurant est monté en quelques jours. Il est probable qu’une minorité a été financée par des passeurs ou des réfugiés dotés de papiers et à la recherche d’un revenu dans le camp. Bien évidemment, ces commerces ont été créés sans aucune base légale. Ils ne paient ni impôts locaux, ni charges sociales, ni impôt sur le revenu. Par contre, s’approvisionnant dans les supermarchés de Calais, ils contribuent au chiffre d’affaires des commerces légaux et ne récupèrent pas la TVA payée lors de ces achats. On pourrait penser aussi que la préparation de repas pose des problèmes d’hygiène. Quelques restaurants se sont dotés de frigos alimentés par des générateurs individuels. Mais de toute façon les restaurants se fournissent chaque jour dans les supermarchés ou les boucheries calaisiennes, et les plats sont préparés immédiatement et cuits longuement. Aucun cas d’intoxication alimentaire ne s’est produit, à notre connaissance, sur le camp.

La destruction partielle des commerces en janvier et mars 2016

En janvier 2016, un arrêté préfectoral annonce le dégagement d’une zone de 100 m de largeur, le long de la rocade portuaire et de la route de Gravelines. Les réfugiés doivent déplacer ou laisser détruire des tentes et des cabanes. Un très faible nombre de commerces est touché, car ils se situent surtout de part et d’autre des deux axes principaux du camp, de la rue des Garennes vers le sud-est ou vers le nord-est. Les réfugiés déplacent ou laissent détruire leurs tentes et leurs cabanes. En mars 2016, le gouvernement procède au démantèlement de la partie Sud du bidonville. Les seules constructions préservées le sont grâce à une décision du Tribunal Administratif de Lille, qui demande le maintien des « espaces de vie » (écoles, église, mosquées, points d’information). Mais plus de la moitié des commerces sont détruits, et notamment les restaurants et ce qu’ils contiennent, lors d’un incendie survenu en fin d’opération. Du fait du manque de places dans les « centres de répit », ou parce qu’ils veulent rester à Calais, bon nombre de réfugiés ont déplacé leurs tentes, caravanes ou abris vers la zone Nord. Après une phase de stupeur et de découragement de quelques semaines, de nouveaux commerces s’ouvrent sur cette partie Nord et compensent en bonne partie la perte de ceux de la partie Sud.

Les contrôles administratifs et sanitaires de juillet 2016

Sur décision préfectorale, des fonctionnaires, accompagnés d’une centaine de policiers, entrent dans les restaurants et épiceries, ou dans les autres boutiques, saisissent des « marchandises avariées », mais aussi les produits secs et conditionnés des épiceries, des packs d’eau, du tabac et des cigarettes, de l’argent et des affaires personnelles des supposés « propriétaires » ou « gérants » ou « salariés » de ces boutiques, le tout sans remise de reçus. Des convocations devant la Justice leurs sont délivrées… parfois sans nom ! Cette opération dure du 19 au 23 juillet. Elle est suivie de passages réguliers des policiers, visant à vérifier que ces commerces n’ont pas repris leur activité. Parmi les lieux fermés se trouve le Kid’s restaurant, créé quelques semaines auparavant pour accueillir et nourrir gratuitement entre 100 et 200 mineurs isolés, adolescents non accompagnés. La présidente de l’association Jungle Books, à l’origine de cette initiative, est convoquée au Tribunal d’Instance quelques jours plus tard. On lui demande le « permis de construire » et « l’autorisation d’ouverture ». Elle explique l’objectif et le fonctionnement du lieu, qui distribue et ne vend pas. La police affirme que des ventes y ont eu lieu, sans en fournir les preuves.

Les autres cuisines et points de distribution créés par les associations, qui préparent et distribuent gratuitement des repas (Belgian Kitchen, Ashram Kitchen, Kitchen in Calais, Refugees Kitchen /L’Auberge des Migrants…) ne sont pas fermés. Ils ont reçu une promesse orale d’être épargnés, bien que contrevenant aux mêmes règles administratives et sanitaires que les restaurants et épiceries « privés ».

Pourquoi le gouvernement veut fermer les commerces

Quand la Préfecture, suivant la demande de la Maire de Calais et des pouvoirs économiques locaux (Chambre de Commerce, autorités portuaires, associations de commerçants…) a poussé les migrants, en avril 2015, sur le terrain qui devait devenir le bidonville actuel, il est certain qu’elle ne s’attendait, ni à la croissance forte de la population (3 000 personnes en juin 2015, 7 000 en octobre 2015) ni à la création de cette véritable petite ville, avec ses services et ses commerces. La destruction en deux phases (janvier et mars 2016) d’une bonne moitié du camp n’a amené qu’une diminution partielle de la population, passée aux environs de 5 500 personnes en mars 2016. Depuis, au rythme d’un millier de personnes par mois, le nombre des occupants augmente à nouveau, et a dépassé les 7 000 personnes début juillet 2016. Les mauvaises conditions de vie, le mélange des communautés, la surpopulation sur ce qui reste de surface, le stress lié aux difficultés de passage en Grande-Bretagne, et maintenant au nombre de places insuffisant en C.A.O. pour eux qui acceptent de quitter Calais, la relative pénurie en certains biens indispensables (chaussures, sacs de couchage, vêtements…), créent des tensions propices aux rixes. Par ailleurs des groupes de migrants, qui n’ont pas l’argent pour payer les passeurs, tentent presque chaque nuit de bloquer des camions et des voitures pour s’y cacher et se rendre en Grande-Bretagne. Face à ce problème, la Maire de Calais, Natacha Bouchard, la Chambre de Commerce, le député P.S. du secteur, André Capet, les syndicats de policiers, et même ceux des travailleurs du port, réclament à grands cris le démantèlement du camp, pour ramener la population aux 1 800 personnes que peuvent abriter le centre Jules Ferry et le C.A.P. Or le gouvernement ne dispose ni des forces de police, ni des alternatives en places, pour expulser et « mettre à l’abri » 5 000 personnes qui vivent aujourd’hui en tentes, caravanes ou abris en planches. Même en sous-estimant le nombre des réfugiés ( la préfecture après le dernier recensement de la police en mai dernier parlait de 3 500 personnes, contre 5 000 pour l’Auberge des Migrants/Help Refugees), il n’y a pas de place en C.A.O. pour tout le monde. Le D.N.A. (Dispositif National d’Accueil) est asphyxié à tous ses étages. D’autre part, après des mois de présence à Calais, puis sur l’Euro de foot et les manifestations contre la Loi Travail, les policiers, gendarmes et C.R.S. doivent bien prendre leurs congés et leurs jours de récupération…au moment où les attentats demandent aussi une présence accrue de forces de sécurité ici et là. La préfecture n’a pas les 500 ou 600 personnels que nécessiterait, a minima, l’évacuation de la zone nord du bidonville. Et le gouvernement sait que les migrants se disperseraient ici ou là, créant une situation encore plus difficile à maîtriser.
Le gouvernement, pour répondre aux demandes de démantèlement, n’a donc que deux solutions. La première est de minimiser les événements (incursions sur la rocade, rixes…), ce que fait régulièrement le nouveau sous-préfet Berton. La seconde de procéder à des opérations symboliques, comme celle visant les commerces.

Les problèmes que pose l’action du gouvernement contre les commerces

Le double prétexte est sanitaire et administratif. Les constructions se sont faites sans permis de construire ni autorisation d’ouverture. La « vente à la sauvette » n’est pas légale. Or l’existence même de ce camp ne repose sur aucune base légale : quand ils y ont été poussés, les migrants ont entendu de la préfecture qu’ils y seraient « tolérés pour une durée indéterminée », et aucun écrit ne l’a même confirmé. Certains « propriétaires » de restaurants ont d’ailleurs déclaré au sous-préfet Berton qu’ils étaient d’accord pour se déclarer et payer des taxes et impôts. On leur a répondu que ce n’était pas possible. Il est aussi étonnant d’entendre un rappel à la loi du gouvernement, quand ce dernier s’assoit, vis-à-vis des réfugiés, sur une bonne dizaine de lois, dont les moindres ne sont pas la non-scolarisation des enfants de moins de 16 ans, la protection des mineurs isolés et le respect des délais pour les demandeurs d’asile…
Les règles sanitaires ne seraient pas respectées dans les restaurants notamment. C’est impossible : on ne demande pas à un restaurant « illégal » de se conformer à des règles légales… Comment demander à ces boutiques de les respecter, alors qu’il n’y a pas d’électricité sur le camp, par exemple, pour alimenter des frigos, puisque l’état n’a installé qu’un faible éclairage, et pas du tout de branchements électriques autres que ceux du centre Jules Ferry.
Enfin, contrairement à ses déclarations initiales, la préfecture veut détruire ces commerces et non seulement les fermer. « Il ne s’agit pas du tout d’un démantèlement », déclarait la préfecture aux journalistes au début de l’opération, le 19 juillet dernier, expliquant que ces contrôles « ont pour principal objectif de faire cesser ces pratiques illégales qui prospèrent en exploitant la vulnérabilité des migrants ». Or les « propriétaires » ont désormais obligation de détruire ces lieux avant mercredi 11 août.

Les problèmes que posera la destruction des commerces

La disparition de ces commerces aggravera la situation alimentaire sur le camp. Depuis leur fermeture totale ou partielle il y a deux semaines, les associations ont dû augmenter le nombre de repas ou de sachets-repas, par exemple pour l’Auberge des Migrants de 6 000 à 12 000 par semaine. L’allongement des files d’attente a obligé à ouvrir de nouveaux points de distribution de repas chauds. D’autre part, les 200 à 300 personnes qui y dorment seront sans abri. Des lieux de convivialité, de vie sociale, seront perdus. Les associations elles-mêmes n’ont aucune garantie réelle que leurs lieux de confection et de distribution de repas seront préservés : l’état pourrait leur reprocher les mêmes fautes, sauf le délit de « vente à la sauvette ». Le centre Jules Ferry, qui distribue actuellement entre 3 100 et 3 500 repas une fois par jour, est incapable d’assurer l’alimentation de tout le camp. La préfète indique dans la requête en référé du Tribunal Administratif (p.10) « qu’il y a suffisamment de produits distribués par les associations ». Or si ces boutiques existent, c’est qu’elles ont des clients. Elles fabriquent ou vendent aussi des aliments que ne distribuent pas les associations : pain afghan, boissons, gâteaux, piles, téléphones portables, recharges de téléphone, stylos… Ces biens sont disponibles dans les commerces calaisiens, mais ceux-ci sont éloignés, ouverts seulement en journée ; leur accès pour les migrants est parfois interdit et souvent restreint ; l’attitude de ces commerçants d’une partie de la population calaisienne est fréquemment hostile aux migrants. Les petits trafics, comme la confection et la vente de cigarettes à partir de seaux de tabac acheté en Belgique, se déplaceront ailleurs.
La pression psychologique sur les migrants, déjà stressés par leur voyage, leurs conditions de survie et les difficultés et risques mortels du passage de la Manche, s’accroîtra ainsi. Le travail des bénévoles sera donc encore plus compliqué, face à l’augmentation des besoins et aux tensions dans le camp.
La destruction partielle du bidonville, car tel est le sens de cette opération, n’est sans doute qu’une étape. Incapable de détruire en une fois le bidonville, débordé par l’arrivée des réfugiés, trop inactif face à l’asphyxie du D.N.A., le gouvernement en est réduit à ces actions cruelles et ponctuelles, pour tenter de faire croire qu’il maîtrise la situation. On peut faire l’hypothèse que ce gouvernement mènera encore de telles actions, dans les prochains mois, en attendant de « refiler le bébé », avec l’eau sale du bain, à l’équipe qui lui succédera en mai 2017.

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L’Auberge des Migrants depuis 2014

L’Auberge des Migrants depuis 2014

L’Auberge des Migrants a été créée en 2008. Son objectif principal est l’aide alimentaire aux réfugiés de Calais.

Janvier 2014. Il y a environ 350 réfugiés à Calais, majoritairement afghans et érythréens, la plupart sous des tentes, sur deux emplacements près du port. L’Auberge des Migrants, avec une vingtaine de bénévoles, prépare 300 repas chauds servis le samedi midi et le dimanche midi, en complément des actions de Salam. La distribution se fait rue de Moscou. Un petit bungalow permet de stocker et distribuer des vêtements, des couvertures…

Juin 2014
Le nombre de migrants est passé à environ 500. Il devient difficile de gérer la file d’attente pour les repas. La préfecture évacue et détruit les deux petits camps. Une partie des occupants s’installe sur le lieu de distribution de la rue de Moscou, d’autres dans un bois à l’extérieur de Calais et dans les dunes près du port.

Juillet 2014
Environ 600 réfugiés. La préfecture évacue la rue de Moscou, disperse les réfugiés. Un squat est ouvert par les No Border dans Calais, il accueillera jusqu’à 400 personnes. Nous devons distribuer nos repas quai de la Moselle, à l’extérieur, et les vêtements, tentes et chaussures à partir de nos voitures et nos deux fourgons. L’Auberge fabrique et distribue plus de 800 repas trois fois par semaine.

Automne et hiver 2014-2015
Le nombre de réfugiés se stabilise autour de 1 000 à 1200. L’Auberge des Migrants continue ses distributions de repas et collabore avec le Secours Catholique pour améliorer la fourniture en vêtements, tentes, couvertures…Les réfugiés campent dans deux squats, sous trois halls de bâtiments et dans quatre jungles.

Avril 2015
La Ville de Calais et la préfecture ordonnent aux réfugiés de quitter les lieux qu’ils occupent, pour un vaste terrain situé en-dehors de Calais, à l’Est, près de la rocade portuaire, où ils seront « tolérés »n un camp vite appelé « new jungle ». Un millier de réfugiés, jusqu’alors installés dans le bois Dubrulle, près de Tioxide et sur un terrain humide à Marck s’y installent en moins d’un mois. Il reste des réfugiés dans les deux squats, sous les trois halls et sur une jungle. L’Auberge des Migrants, avec les autres associations, notamment Salam, Emmaüs et le Secours Catholique, travaille dur pour réinstaller les réfugiés sur la « new jungle ». En parallèle, l’état a ouvert en janvier le « centre Jules Ferry », géré avec l’argent de l’état par l’association Vie Active, qui distribue un repas par jour à un millier de personnes environ, et donne accès à des douches et à des lavoirs. Il y a aussi un hébergement pour les femmes et les enfants.

Juin 2015
Le nombre de réfugiés dépasse 3 000. Les associations sont au bord de la rupture. Mais en quelques semaines la moitié des réfugiés réussit à passer en Grande-Bretagne, surtout par le Tunnel. La presse titre « les réfugiés à l’assaut du Tunnel ». Une vague médiatique sans précédent fait naître un mouvement de solidarité, en Grande-Bretagne surtout, accentué par la mort du petit Eylan sur la côte turque. Des bénévoles et des dons affluent de partout. Le gouvernement évacue par la force les derniers squats et petites jungles. En septembre il y a environ 7 000 personnes sur la « new jungle »

L’Auberge des Migrants, qui travaillait jusqu’en juillet 2015 avec un fourgon, un petit local sur le camp Jules Ferry et un autre à 25 km de Calais, accepte de collaborer avec des Britanniques, et doit gérer désormais 100 à 200 bénévoles, trouver des locaux à Calais (1 000 m² puis 3 000 m²), louer des fourgons… A l’exemple du Secours Catholique et de MSF, l’association construit d’octobre 2015 à janvier 2016 près de 1 500 abris, pour 3-4 personnes chacun. Le camp de tentes se transforme en quelques mois en un bidonville, avec des commerces, des moquées, deux églises, des coiffeurs, des écoles, réparateurs de vélos, vendeurs de téléphones… Nous organisons avec le Secours Catholique et Emmaüs, en septembre, une belle manifestation « Welcome refugees », qui rassemble 3 000 personnes.

A partir de novembre 2015
Le gouvernement veut réduire le nombre de réfugiés à Calais (plus de 7 000 personnes). Il procède à de très nombreuses arrestations arbitraires et à l’éloignement de réfugiés aux quatre coins de la France. Il cherche à décourager les bénévoles : procès-verbaux en pluie, interdictions arbitraires de circuler, contrôles incessants, diabolisation des bénévoles… Il détruit en janvier une bande de 100 m de large, pour « sécuriser » la rocade portuaire et la route de Gravelines. De nombreuses constructions doivent être déplacées. Puis il détruit en mars la partie sud du bidonville, la plus peuplée. L’état prétend mettre à l’abri les occupants (2 500 environ) en leur proposant les C.A.O.(centres d’accueil et d’orientation), où ils pourront demander l’asile, et en ouvrant dans le bidonville la « C.A.P. », des conteneurs pour dormir, pour 1 500 personnes. Il augmente aussi la capacité du centre Jules Ferry pour l’accueil des femmes et enfants. Mais, sur les 2 500 occupants de la zone Sud, un millier environ déplace les abris et les caravanes et s’installent sur la zone Nord, faute de places suffisantes offertes par l’état, et parce qu’ils veulent rester à Calais.

Mi juin 2016
Il y a environ 6 000 réfugiés à Calais (contre 5 000 en avril), dont 200 à Jules Ferry, 1 500 dans les conteneurs, 4 300 dans le bidonville.

En collaboration avec Help Refugees et Utopia 56, L’Auberge des Migrants travaille avec 70 à 120 bénévoles tous les jours :

  • Préparation de repas et sachets-repas pour 1 500 à 2 000 personnes chaque jour, à Calais et Grande-Synthe, en collaboration avec une association britannique
  • Réception, tri, distribution de tentes, vêtements, duvets, kits d’hygiène…
  • Construction, au ralenti car la préfecture interdit d’introduire des matériaux sur le bidonville
  • Préparation et distribution de bois de chauffage et gaz pour la cuisine

Ces actions sont indispensables car l’état, avec la Vie Active, n’assure qu’une partie des besoins, et cela seulement pour une partie de la population du camp. L’Auberge des Migrants travaille aux côtés d’autres associations  comme Salam, Care4Calais, Belgian Kitchen… Elle est devenue la plus importante des associations locales.

La population du bidonville continue à augmenter, avec une cinquantaine de nouveaux arrivants chaque jour, et cela malgré les passages réussis vers la Grande-Bretagne, les départs vers les C.A.O. et quelques retours volontaires au pays ou éloignements forcés. Une partie des réfugiés est à nouveau sous la tente, (près d’un millier de personnes) car la préfecture nous interdit de construire des abris, malgré les destructions suite aux incendies et malgré les besoins des nouveaux arrivants.

Nos dépenses, 60 000 € environ par mois, sont financées à 96 % par des dons, majoritairement de Grande-Bretagne. Cela permet de louer l’entrepôt, les fourgons, et acheter ce qui n’est pas fourni par des donateurs et manque aux réfugiés (aliments, bois, gaz, matériaux de construction …).

L’Auberge des Migrants participe également aux actions menées par les ONG, par la permanence juridique de l’Appel de Calais, pour tenter d’infléchir la politique de l’état français : démarches en justice, lettres ouvertes, communiqués de presse, manifestations.

Nous avons besoins de bénévoles, de dons en argent et en matériel.
L’afflux de réfugiés est appelé à durer, et les camps du Nord de la France également, notamment Calais et Grande-Synthe.

 

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Joyeux Noël

Où sommes-nous?
Ils sont jeunes
Personne ne veut d’eux
Elle vient d’avoir un enfant
Ils ne sont pas du coin

Où sommes-nous?
Ils vivent sans toit
Ils espèrent en l’avenir
On les regarde de travers
Elle a honte pour eux
Il craint pour le petit

Où sommes-nous?
Ils voulaient fuir en un autre pays
Ils gênent les autorités
On les craint auatnt qu’on les plaint
Tout ça n’est pas normal

Où sommes-nous?
à Bethléem il y a 2000 ans?
Pas vraiment
Les magasons sont remplis
De bonnes choses pour Noël

Où sommes-nous?
A Calais, Nord de France
Entre deux bénévoles harassés
Près d’une cahutte en carton en l’an de malheur 2008

 

Marco.

 

A Patrice qui nous reviendra vite…

Noël : Hommage aux pionniersL'auberge est devenue une grande organisation grâce à vous tous arrivés depuis…

Publié par L'Auberge des Migrants sur jeudi 24 décembre 2015

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Petite Auberge devenue très grande…

Petite Auberge devenue très grande…

Un petit recapitulatif: Il y a juste un an, l’auberge servait 800 repas chauds 3 jours par semaine. Nous étions une dizaine à travailler pour aider les refugiés. Ceux-ci étaient environ un millier et vivaient dans 8 squats et mini-jungles réparties un peu partout dans Calais, du port au tunnel.

Aujourd’hui, 6000 refugiés survivent dams une seule jungle, qui a été investie le 1er Avril de cette année et est devenue, en 9 mois, le plus grand bidonville d’Europe.

Pour répondre aux besoins immensément accrus, l’auberge a heureusement fait des bonds de géant,grâce aux très nombreux donateurs, quelquefois français ou belge smais surtout anglais.
Sans les contributions de chacun, petites et grandes, sans le désir de venir aider de façon bénévole, la situation à Calais serait devenue catastrophique, Grâce à tous, elle est toujours très difficile mais les refugiés survivent.

Aujourd’hui, l’auberge sert 2000 repas par jour, à Calais et à Dunkerque, distribue des fourgons entiers de dons chaque semaine d’une manière très organisée, a construit 650 abris (pour 4 personnes chacun) en 10 semaines et continue de distribuer 20 abris en kits par jour aux refugiés les plus vulnérables.

L’engagement des bénévoles ne diminue pas, et chaque personne qui vient aider est bienvenue! Il y a tant à faire sur la jungle…

Malheureusement, une beaucoup trop grande partie du temps doit être consacrée au tri des dons…Ce tri est indispensable pour ne pas créer de gaspillage ni de chaos pendant les distributions dans la jungle. Mais c’est un travail qui nous prend beaucoup trop de temps…temps qui devrait être directement consacré aux réfugiés, ils ont besoin de contact, d’amitié, d’aide en tous genres…

Voilà pourquoi nous vous supplions de faire désormais le tri de vos dons en amont, AVANT de partir en direction de Calais. Ainsi vos dons seront-ils distribués plus vite et beaucoup plus facilement…

Voici la marche à suivre:

Avant de trier,envoyez un mail à calaisdonations@gmail.com.Vous aurez ainsi la liste des besoins les plus pressants. Bookez votre date d’arrivée avec sufffisamment d’avance pour que vous ayiez tout le temps de trier vos dons et que nous soyions prêts pour vous recevoir comme vous le méritez.
0) Vérifiez l’état des vêtements. Pas de fermeture éclair cassée, de boutons manquants…
1) Séparez vêtement femmes et hommes, mettez des étiquettes sur chaque sac ou carton.
2) Faites le maximum pour séparer les dons par article de vêtement ET par taille. Indiquez clairement le contenu (pantalons hommes, taille 32)
3) Les tailles L et XL, les pantalons 36 et plus ne doivent pas faire plus de 20 % de vos dons. Les réfugiés sont en général minces et petits et préfèrent les vêtements bien ajustés. Si vous avez beaucoup de grandes tailles, donnez-les ailleurs, s’il vous plait.
4) Jusqu’à nouvel ordre, nous ne pouvons plus prendre de vêtements bébé ou enfants, nous en avons beaucoup trop!!
5) Si vous avez des tentes usagées, vérifiez qu’elles sont complètes: Pour un réfugié, se voir donner une tente le soir qui ne peut être montée parce qu’il manque quelque chose , est une déception difficile à vivre,et nous fait gaspiller beaucoup de temps.

Merci pour tout ce que vous faites pour nous aider à aider les réfugiés. Nous voulons nous organiser de mieux en mieux afin de faire face à cette nouvelle année qui verra probablament un encore plus nombre de réfugiés à dans le Nord de la France.

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