Calais

L’Auberge, Utopia 56 et le SCCF portent plainte pour destruction et dégradation de biens

Depuis plusieurs mois, et malgré la trêve hivernale, les exilés de Calais sont dépossédés quotidiennement des biens leur permettant de se protéger du froid.

Chaque semaine, des sacs de couchage, bâches et tentes sont mis à la benne, détruits, voire gazés.

Les personnes exilées ne peuvent se défendre contre ces destructions ou confiscations. Ils et elles ne n’osant pas porter plainte devant les mêmes autorités que celles ayant détruit leurs biens, ou ne voyant pas comment une telle plainte pourrait améliorer leur situation personnelle.

La mission de nos associations est de permettre à chacun d’accéder à ses droits fondamentaux et à la dignité.

Conformément à cette mission, nous avons mis à disposition des exilés des biens (sacs de couchage, bâches) pour leur permettre de ne pas mourir de froid.

Nous avons clairement fait apparaître les logos de nos associations sur nos 600 bâches et sacs de couchage. Les bénéficiaires de la distribution qui le souhaitaient pouvaient signer un contrat de prêt.

Nos avions prévu de réaliser une action juridique en cas de destruction ou de confiscation du matériel pour le dénoncer.

En vue des faits observés, L’Auberge et le Secours Catholique ont décidé de porter plainte aujourd’hui contre X pour destruction et dégradation de biens prêtés par nos associations.

Nous dénonçons cette maltraitance institutionnelle qui s’exerce contre les exilés à Calais et les entraves envers les associations et militants qui tentent de leur venir en aide.

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L’Auberge des Migrants et d’Utopia 56 déclinent l’invitation d’Emmanuel Macron

Calais : alors même que le gouvernement n’a pas entendu à Paris les grandes organisations humanitaires, ni sur leurs critiques, ni sur leurs propositions, pourquoi le président tiendrait-il compte des mêmes critiques et propositions des associations locales ?

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Les associations L’Auberge des Migrants et Utopia 56, invitées à rencontrer le Président de la République le 16 janvier, déclinent cette invitation.

Il ne s’agit pas de dire non à toute concertation : nous participons d’ailleurs à celles qui ont lieu depuis septembre en sous-préfecture de Calais. Les demandes formulées par les associations y obtiennent parfois des réponses, souvent partielles, mais qui contribuent à rendre les conditions de survie des migrants à Calais un peu moins inhumaines.

Mais le Président de la République est porteur, avec le gouvernement et la majorité parlementaire, de la politique d’ensemble concernant les migrations. C’est de cela qu’il vient parler : les accords du Touquet, sur la gestion de la frontière avec les autorités britanniques, et le projet de loi sur les migrations. Nous désapprouvons ces politiques, qui ont créé la situation calaisienne, et qui l’aggraveront.

A Calais en effet, s’entassent :

–       Les personnes qui ont toutes les raisons de vouloir demander la protection du Royaume-Uni : ils sont de culture anglophone, y ont leur famille et ont plus de chances de s’intégrer qu’ailleurs en Europe ; mais on ne leur offre pas de possibilité d’accès légal, alors que, lorsqu’elles auront franchi la Manche illégalement et au péril de leur vie, ou en payant des passeurs à prix d’or, elles obtiendront sans doute l’asile au Royaume-Uni ;

–       Les « dublinés », qui, si ils demandent l’asile en France, seront renvoyés dans le pays où on leur a pris les empreintes digitales, pays qui ne sont ni désireux, ni capables de les accueillir, et nous les renvoient d’ailleurs ou les laissent repartir ;

–       Les déboutés du droit d’asile, que l’on ne peut pas, et doit pas, renvoyer dans leur pays, quand il est en guerre ou vit sous un régime répressif et dictatorial, et qui tentent leur dernière chance au Royaume-Uni, faute de permis de séjour renouvelables sur le continent ;

–       Les mineurs isolés qui, lassés d’attendre des mois et des mois leur prise en charge par la Grande-Bretagne au titre du rapprochement familial ou de l’amendement Dubbs, reviennent à Calais, faute de pouvoir passer la Manche légalement dans des délais raisonnables.

Rien n’indique que la France veuille renégocier les accords du Touquet, tout au contraire. Par ailleurs, la concertation sur le futur projet de loi migrations est terminée.

Alors même que le gouvernement n’a pas écouté les grandes organisations humanitaires, ni sur leurs critiques, ni sur leurs propositions, pourquoi le président tiendrait-il compte des mêmes critiques et propositions des associations locales ?

La rencontre avec le Président de la République nous semble donc inutile. Elle ne peut que permettre au chef de l’exécutif de déclarer qu’il y a eu dialogue avec les associations, alors que les décisions politiques importantes sont déjà prises.

Elle succède à d’autres rencontres (Mrs Valls, Cazeneuve, Collomb…) auxquelles nous avons participé et qui ont servi d’alibi à des autorités simplement soucieuses de faire croire à un dialogue avec les associations calaisiennes.

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Actions contre la destruction des abris des migrants à Calais

Nous sommes en décembre, et malgré la trêve hivernale, les exilés de Calais sont dépossédés quotidiennement des biens leur permettant de se protéger du froid.

Chaque semaine, des sacs de couchage, bâches et tentes sont mis à la benne, détruits, voire gazés.

Cette stratégie de harcèlement et d’épuisement n’est en réalité qu’un choix politique qui relève de la maltraitance institutionnelle. Cela n’est plus supportable.

Les personnes exilées ne peuvent se défendre contre ces destructions ou confiscations. Ils et elles ne n’osant pas porter plainte devant les mêmes autorités que celles ayant détruit leurs biens, ou ne voyant pas comment une telle plainte pourrait améliorer leur situation personnelle.

La mission de nos associations est de permettre à chacun d’accéder à ses droits fondamentaux et à la dignité.

Conformément à cette mission, nous mettons à disposition des exilés des biens (sacs de couchage, bâches) pour leur permettre de ne pas mourir de froid.

Au moment où vous lisez ces lignes, une distribution est organisée pour les migrants de Calais.

Nous avons clairement fait apparaître les logos de nos associations sur nos 600 bâches et sacs de couchage. Les bénéficiaires de la distribution qui le souhaitent pourront signer un contrat de prêt.

En cas de destruction ou de confiscation du matériel, nous nous réservons toute possibilité d’action juridique pour le dénoncer.

Nous dénonçons cette maltraitance institutionnelle qui s’exerce contre les exilés à Calais et les entraves envers les associations et militants qui tentent de leur venir en aide.

Vous trouverez ici un rapport portant sur la destruction systématique des abris des migrants à Calais et de leurs effets personnels : http://www.laubergedesmigrants.fr/wp-content/uploads/2017/12/Etat-des-lieux-sur-les-destructions-des-abris-des-migrants-%C3%A0-Calais.pdf

Vous trouverez ici des enregistrements vidéo de ces destructions : https://www.youtube.com/playlist?list=PLH2xNkKvV9bieLfEa2ZZLS5YL7Obxb2Zh

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Décision du Conseil d’Etat et réaction des autorités

Le Conseil d’Etat a confirmé la décision du TA de Lille. Une petite avancée pour nous. Ce n’est pas une solution au problème de la frontière à Calais, mais c’est une décision qui a du sens : elle va limiter la souffrance des gens présents ici.

Cela créer un précédent vis-à-vis des autorités également : ce n’est pas parce que le Calaisis est dans une situation géopolitique difficile que l’on peut se permettre d’infliger des traitements inhumains ou dégradants aux migrants. Cette action en justice était donc bien justifiée.

Mais elle n’est pas une solution en elle-même pour Calais. Le problème reste identique. La frontière est fermée, et il y a des gens à Calais qui veulent la traverser, avec des raisons très légitimes de fuir leur pays. La solution ne viendra pas des autorités locales, mais de plus haut.

Hier, la préfecture a fait quelques annonces vis-à-vis de cette décision lors d’une réunion avec des associations. A noter que les associations convoquées n’étaient pas toutes requérantes lors du référé-liberté et que certaines associations requérantes ont été « oubliées ».

Les toilettes qui seront installées suite à la réquisition de la préfecture seront des toilettes de chantier (comme dans la jungle). Nous ne connaissons ni le lieu ni le nombre. Idem pour les points d’eau, pour lesquelles il faut régler la question de l’évacuation des eaux usées. Deux à trois douches seront installées à l’hôpital. Un dispositif clairement insuffisant pour 700 personnes. Aucune de ces installations ne sera en centre-ville.

Par contre, rien de nouveau n’est prévu pour les mineurs, alors qu’il s’agit d’un des points principaux de la décision, et un des plus grands besoins sur Calais. Pour finir, le sous-préfet a prévenu les associations : la moindre installation (tente, bâche…) sera détruite.

Les autorités ont encore quelques jours pour appliquer les décisions. Nous ferons un bilan la semaine prochaine.

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Communiqué de l’Auberge suite à la décision du Conseil d’Etat

Le Conseil d’Etat confirme la décision du Tribunal administratif de Lille.

Il ordonne l’installation de points d’eau, de sanitaires, et de douches accessibles aux migrants à Calais. Cela doit s’accompagner d’un renforcement des maraudes pour informer les mineurs de leurs droits, et de la mise en place de départs en CAO depuis Calais.

Bien que cette décision soit un soulagement pour les associations requérantes, il ne s’agit là que d’une petite avancée. Permettre aux personnes de se laver, c’est uniquement leur apporter un semblant de dignité. Nous attendons encore des solutions structurelles à ce qui est une crise de la frontière avant d’être une crise des réfugiés.

Même avec l’accès à l’eau, les conditions de vie à Calais continueront d’être terribles. Hommes, femmes, enfants et adolescents dorment dehors et sont entièrement dépendants de l’aide humanitaire apportée par les associations.

Encore ce matin, la police est venue prendre les couvertures et les sacs de couchage des migrants rue des Vérrotières.

Les derniers mois à Calais ont démontré que même dans le dénuement le plus total, des populations en exil continuent d’affluer. Quoi que l’on fasse pour les décourager, l’appel de l’Angleterre reste plus fort, pour des personnes qui ont souvent des raisons très légitimes de vouloir s’y rendre.

Pour l’Auberge, cette décision du Conseil d’Etat est malgré tout une victoire juridique, qui limitera la souffrance des gens. Mais la France est encore très loin d’une véritable politique d’accueil…

La décision ici : http://www.conseil-etat.fr/Actualites/Communiques/Conditions-d-accueil-des-migrants-a-Calais

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L’Auberge des migrants se prépare à un été difficile et appelle aux dons

Vu les annonces du ministre de l’Intérieur vendredi 23 juin,

Vu les déclarations de la préfecture à l’audience du référé-liberté mercredi 21 juin,

Vu les déclarations de la maire de Calais lors de cette même audience,

 

Les semaines et les mois à venir vont être très durs pour les exilés de Calais. Seules les associations garantiront la dignité et la défense des droits des migrants.

Nous allons encore devoir améliorer et augmenter nos actions, pour fournir l’aide humanitaire nécessaire.

Nous allons continuer les distributions d’eau, de repas, de vêtements, de couvertures et de produis d’hygiène.

Nous allons avoir besoin de dons financiers pour continuer ces activités.

Vous pouvez nous soutenir sur : http://www.laubergedesmigrants.fr/fr/faire-un-don/

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Accident suite à un barrage dans le Pas-de-Calais

L’accident de cette nuit est une tragédie, résultat du désespoir engendré par la situation à Calais. Il faut que cela change.

Ce n’est pas normal que les routiers soient obligés de prendre tous ces risques pendant leur travail.

Plus les conditions sont difficiles, plus les migrants prennent de risques pour passer, au point de créer des barrages dangereux pour la population.

L’augmentation des forces de police mise en place par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb n’améliore pas la situation, elle ne fait que rendre les conditions de vie plus difficiles, et les migrants plus désespérés.

Certains décident de partir à Lille pour demander l’asile. Mais ils sont arrêtés avant d’arriver et finissent en centre de détention. Les autres tentent le tout pour le tout en créant des barrages pour stopper les camions.

Nous déplorons cet accident et les victimes que cela entraîne, peu importe leur nationalité. Nous pensons très fort à la famille de la victime d’hier soir.

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A Calais, la guerre des lieux et des horaires

Tous les soirs, les forces policières sont présentes sur le lieu de distribution de nourriture : « Vous avez une heure ». Dans le jeu du chat et de la souris, les exilés et les associatifs ont droit à une heure durant laquelle ils peuvent dire « pouce ».

A Calais, la lutte continue

Pourtant, les associations ont remporté le référé-liberté contre l’arrêté « anti-nourriture » de la mairie de Calais. Cette victoire juridique avait permis d’obtenir l’autorisation de distribuer de la nourriture dans la Zone Industrielle des Dunes, lieu de vie d’une grande partie des exilés présents à Calais.

Le nombre d’exilés continue à augmenter, avec de nouvelles arrivées quotidiennes et une diversité croissante des âges et nationalités. En conséquence, de nouveaux lieux de vie sont apparus, disséminés dans les contours extérieurs de la ville et dans les parcs du centre.

Pour répondre aux besoins, les associations ont mis en place un point de distribution fixe dans ZI des dunes pour le déjeuner et le dîner, et des maraudes pour couvrir les autres lieux. Autour de ces points de distribution, de nouvelles actions se développent, pour offrir aux exilés des consultations médicales, du soutien psycho-social, ou encore de l’information sur leurs droits.

 

La part de l’absurde

Chaque soir, ce sont une ou deux voitures de police, accompagnées de camions de CRS, qui sont garées à quelques dizaines de mètres du lieu de distribution. Par une sorte de règle tacite, les forces de l’ordre laissent aux associations une heure de distribution avant d’intervenir et de repousser les exilés vers la forêt adjacente. Quand on pose la question, on s’entend répondre que l’ordre vient du ministère de l’intérieur, de la préfecture, ou « de moi, je suis chef de la police, je fais ce que je veux ».

Alors que dans les premières semaines, les policiers contrôlaient toutes les personnes présentes dans le but de faire fuir ceux qui n’étaient pas en règle, aujourd’hui ils se contentent d’indiquer la direction des bois à toutes les personnes exilées… mais aussi aux personnes de couleur qui sont volontaires au sein des associations. Les mineurs, les personnes vulnérables, sont poliment invitées à débarrasser le plancher.

Ces évacuations chaque soir sont globalement calmes ; la vraie violence a lieu la nuit, dans les lieux moins exposés. Il y a des nuits passées sans sommeil à cause de la traque incessante, du gaz lacrymogène dans les sacs de couchage, les « lève-toi et dégage » à deux heures du matin. Les expulsions de la distribution du soir semblent être la part de l’absurde dans ce système : les policiers ordonnent aux gens d’aller dans la forêt, tiennent leur base pendant cinq minutes avant de quitter les lieux. La distribution peut recommencer.

Durcissement des mesures

Le 31 mai, la règle tacite de l’heure de tranquillité a changé d’interprétation. La police est venue annoncer qu’à présent, aucune distribution ne serait tolérée, dans aucun lieu, en dehors de la plage horaire de 18h à 20h dans la Zone Industrielle des Dunes. La distribution du midi est empêchée ce jour-là.

Pendant ce temps, dans les parcs municipaux, la mairie de Calais a réactivé une loi des années 70 interdisant de se tenir sur les pelouses. Bien que cette décision impacte tout le monde, ceux qui sont visés sont les exilés qui vivent, mangent et dorment dans les parcs du centre-ville.

Ces personnes sont donc condamnées à un repas par jour, et les maraudes qui touchaient des personnes différentes ne seront plus tolérées. Sur les réseaux sociaux, la situation est dénoncée. En plein ramadan, limiter ainsi l’accès à l’eau et la nourriture pourrait mettre des vies en danger.

Les associatifs sont bien décidés à résister, et ne comptent pas limiter l’aide humanitaire face au harcèlement policier. Le jeu du chat et de la souris continue.

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Appel aux bénévoles long terme !

Nous avons grandement besoin de volontaires LONG TERME, pour 2 types de mission :

– aider la Refugee Community Kitchen à préparer les repas, à la mise aux normes de la cuisine, aux distributions. Toute personne ayant des compétences particulières en cuisine est recherchée !

– faire des soins aux exilés de Calais. Ils n’ont toujours pas de place pour dormir, et sont constamment chassés par la Police, ce qui les amène à se blesser. Nous recherchons des bénévoles pouvant soigner les blessures légères (désinfections, bandages), et organiser les transfères à l’hôpital si nécessaire.

Vous pouvez nous aider ? Inscrivez-vous sur http://www.laubergedesmigrants.fr/fr/volontariat/

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Shoes Love

Par Dan Chadder

Dans Le Guide du voyageur galactique, les deux individus les plus sages de l’humanité demandent à un stupéfiant super-ordinateur de calculer la réponse à la question ultime : le sens de la vie. Après exactement 7,5 millions d’années, la réponse enfin révélée refroidit passablement la foule jubilatoire réunie pour l’occasion. C’est 42. Vous y êtes. Le sens officiel de la vie, de l’univers et du reste est 42. Et comme si ce nombre n’était déjà pas assez significatif, les bénévoles de Calais ont à présent développé une relation personnelle encore plus profonde au nombre 42, plus profonde encore que le sens de la vie.

Je viens d’achever une période de 5 mois de bénévolat au sein de l’Auberge des Migrants, sur le camp de réfugiés de La Linière à Grande-Synthe. Mon rôle consistait à distribuer des biens non-alimentaires sur le camp, comme des vêtements, des couvertures et des produits d’hygiène. Le travail de l’équipe reposait sur des ressources limitées, donc la distribution suivait des règles strictes d’évaluation des besoins. En général, nous pouvions proposer les produits d’hygiène plus librement. En termes de chaussures, les stocks disponibles pour certaines tailles étaient toujours bas, et nous avions une capacité limitée pour répondre à certains besoins. Une taille en particulier était notoire pour être plus demandée que les autres. Il s’agit de la taille 42.

Les tailles 41 et 43 avaient également une demande élevée, mais rien comparé au 42. L’écart entre l’offre et la demande pour la taille 42 était tellement immense qu’une poignée de bénévoles ont eu l’irrésistible idée de se faire tatouer l’auguste nombre. Alors que ma taille de chaussure est en fait 43, ce tatouage m’accompagnera pour le restant de ma vie. À peu près de la même manière, je devrai vivre avec le souvenir dégradant d’avoir dû rejeter constamment des demandes pourtant raisonnables d’autres êtres humains pour des chaussures durant l’hiver, et parfois pour des enfants. Dans un développement tordu de l’histoire, nous, les bénévoles venus pour aider, apparaissions insensibles, sans cœur. Si le tatouage était probablement stupide, il était aussi l’expression de notre désespoir.

 

Quand on vous demande des chaussures, la réponse n’est pas aussi simple que oui ou non. Nous décidions aussi de la qualité des chaussures que nous allions donner. Pour un individu vulnérable, comme un mineur non accompagné dormant dans un lieu communautaire, nous n’allions pas donner une paire toute neuve de Nike (que dans tous les cas nous n’avions pas). Cela les aurait mis en danger et leurs nouvelles chaussures auraient été volées. Dans ce cas, nous options pour une paire de chaussures laides mais fonctionnelles.

La plupart de ces complications proviennent d’une pénurie de stocks. Nous avons besoin de chaussures 41, 42 et 43. C’est en réalité assez simple. Une paire de chaussures ne changera pas une vie mais rendra la lutte un peu plus supportable. Maintenant que j’ai achevé ma période de volontariat dans le Nord de la France, j’éprouve un sentiment similaire. Je n’ai pas sauvé le monde, mais j’ai joué mon rôle en apportant quelques changements positifs dans une situation désespérée.

Soutenez-nous, faites don de vos chaussures : http://www.laubergedesmigrants.fr/fr/dons-materiels/

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