A Calais, la guerre des lieux et des horaires

Margot Bernard/ juin 1, 2017/ Actualités, Calais/ 0 comments

Tous les soirs, les forces policières sont présentes sur le lieu de distribution de nourriture : « Vous avez une heure ». Dans le jeu du chat et de la souris, les exilés et les associatifs ont droit à une heure durant laquelle ils peuvent dire « pouce ».

A Calais, la lutte continue

Pourtant, les associations ont remporté le référé-liberté contre l’arrêté « anti-nourriture » de la mairie de Calais. Cette victoire juridique avait permis d’obtenir l’autorisation de distribuer de la nourriture dans la Zone Industrielle des Dunes, lieu de vie d’une grande partie des exilés présents à Calais.

Le nombre d’exilés continue à augmenter, avec de nouvelles arrivées quotidiennes et une diversité croissante des âges et nationalités. En conséquence, de nouveaux lieux de vie sont apparus, disséminés dans les contours extérieurs de la ville et dans les parcs du centre.

Pour répondre aux besoins, les associations ont mis en place un point de distribution fixe dans ZI des dunes pour le déjeuner et le dîner, et des maraudes pour couvrir les autres lieux. Autour de ces points de distribution, de nouvelles actions se développent, pour offrir aux exilés des consultations médicales, du soutien psycho-social, ou encore de l’information sur leurs droits.

 

La part de l’absurde

Chaque soir, ce sont une ou deux voitures de police, accompagnées de camions de CRS, qui sont garées à quelques dizaines de mètres du lieu de distribution. Par une sorte de règle tacite, les forces de l’ordre laissent aux associations une heure de distribution avant d’intervenir et de repousser les exilés vers la forêt adjacente. Quand on pose la question, on s’entend répondre que l’ordre vient du ministère de l’intérieur, de la préfecture, ou « de moi, je suis chef de la police, je fais ce que je veux ».

Alors que dans les premières semaines, les policiers contrôlaient toutes les personnes présentes dans le but de faire fuir ceux qui n’étaient pas en règle, aujourd’hui ils se contentent d’indiquer la direction des bois à toutes les personnes exilées… mais aussi aux personnes de couleur qui sont volontaires au sein des associations. Les mineurs, les personnes vulnérables, sont poliment invitées à débarrasser le plancher.

Ces évacuations chaque soir sont globalement calmes ; la vraie violence a lieu la nuit, dans les lieux moins exposés. Il y a des nuits passées sans sommeil à cause de la traque incessante, du gaz lacrymogène dans les sacs de couchage, les « lève-toi et dégage » à deux heures du matin. Les expulsions de la distribution du soir semblent être la part de l’absurde dans ce système : les policiers ordonnent aux gens d’aller dans la forêt, tiennent leur base pendant cinq minutes avant de quitter les lieux. La distribution peut recommencer.

Durcissement des mesures

Le 31 mai, la règle tacite de l’heure de tranquillité a changé d’interprétation. La police est venue annoncer qu’à présent, aucune distribution ne serait tolérée, dans aucun lieu, en dehors de la plage horaire de 18h à 20h dans la Zone Industrielle des Dunes. La distribution du midi est empêchée ce jour-là.

Pendant ce temps, dans les parcs municipaux, la mairie de Calais a réactivé une loi des années 70 interdisant de se tenir sur les pelouses. Bien que cette décision impacte tout le monde, ceux qui sont visés sont les exilés qui vivent, mangent et dorment dans les parcs du centre-ville.

Ces personnes sont donc condamnées à un repas par jour, et les maraudes qui touchaient des personnes différentes ne seront plus tolérées. Sur les réseaux sociaux, la situation est dénoncée. En plein ramadan, limiter ainsi l’accès à l’eau et la nourriture pourrait mettre des vies en danger.

Les associatifs sont bien décidés à résister, et ne comptent pas limiter l’aide humanitaire face au harcèlement policier. Le jeu du chat et de la souris continue.

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